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Biblio-Infinie

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  • : Un blog destiné à faire partager mes lectures. Plongée dans une bibliothèque infinie... Romans, essais, livres d'histoire, économie, philosophie,...
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C'est quoi ce blog?

Biblio-infinie, un micro blog sans prétention aucune (comme le titre l'indique si bien)... et où je commenterai sans compromission ce que je lis! Fonctionne en courant alternatif selon mes disponibilités (je ne commente en fait que quelques lectures, choisies selon des critères complètement aléatoires et variables).

Littérature, histoire, essais, bref des recensions au fil des lectures... Peu de place cependant au buzz  et aux sorties à la mode. Il existe suffisamment de promoteurs dans les médias pour que je n'agglutine pas ma voix au concert des épiciers.

Place aux avis d'un citoyen aspirant "honnête homme" (c'est moi!), pur produit de notre beau système universitaire français qui fonctionne si bien, que le monde entier nous envie, qui forme tant de grands esprits et tout, et tout, et tout...

Bonne lecture!

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2 juillet 2006 7 02 /07 /juillet /2006 23:00
Retour après quelques semaines chargées en lectures avec ce roman scandinave - je découvre la littérature nordique en ce moment. Je suis désolé pour le rythme fort irrégulier des recensions, mais mon ardeur "bloguesque" a faibli ces derniers temps. J'ai plusieurs brouillons d'articles en réserve, j'espère pouvoir en finaliser la plupart d'ici peu. J'ai vu qu'on pouvait programmer des parutions. Il y aura donc des articles d'ici septembre - en principe.

Pär Lagerkvist fait partie de la grande famille des écrivains nordiques à avoir eu un Prix Nobel - de littérature évidemment - au cours du XXe siècle (1951). Souvent méconnus en France par le grand public, ces écrivains ont néanmoins écrit des chefs d'oeuvre de la littérature mondiale. Auprès des norvégiens Knut Hamsun et Sigrid Undset, de sa compatriote suédoise Selma Lägerlof et de l'islandais Halldor Laxness, Pär Lagerkvist (1891-1974) fut l'un des plus brillants romanciers scandinaves du siècle dernier. Le Nain, écrit et publié pendant la seconde guerre mondiale, lui permit d'obtenir la reconnaissance internationale.

Ce roman assez court, 260 pages, se lit rapidement et sans grandes difficultés. Il est évidemment plus abordable, sur la forme, que Fénelon, objet de la recension précédente. Point de grandes descriptions ampoulées ou de lourdes réflexions philosophiques ici. Cette apparente facilité pourrait être le signe d'une faiblesse stylistique. Pourtant, ce n'est pas le cas. Au contraire, Lagerkqvist a une certaine adresse pour trouver le mot juste, le terme le plus direct sans s'embarasser de circonvolutions. Au vu du narrateur, il eut d'ailleurs été malvenu de ne pas utiliser ce style alerte, fait de phrases courtes et percutantes.


Par Lagerkvist



L'histoire se déroule pendant la Renaissance italienne. Ce n'est pourtant pas un roman historique. L'auteur ne cite aucune date, aucun lieu, aucun nom réel. Le lecteur devine dans tel ou tel personnage des références historiques, mais elles n'occupent pas le premier plan. Ni conspirations à la Dumas, ni aventures à la Walter Scott ici. Il s'agit du journal d'un nain. Et c'est là l'originalité de l'ouvrage. Lagerkqvist décrit, par ce narrateur monstrueux interposé, la vie quotidienne d'une cour italienne de la renaissance. Et ci cette vie de courtisans semble plaire à ceux qui la vivent, elle ne suscite chez le nain que des commentaires dédaigneux, qui se transformeront peu à peu en une exécration criminelle. J'y reviendrai plus tard. Le nain, donc, décrit d'abord les différents personnages de la cour : le Prince (il est appelé ainsi tout le roman), qui agit comme le Prince de Machiavel (référence visible de l'auteur), sans scrupules, sans morale, sans autre guide que son appétit de pouvoir ; son épouse, la princesse qui le trompe avec un jeune bellâtre présomptueux, don Ricardo ; Maître Bernardo, l'artiste derrière qui on devine Léonard de Vinci (il peint la Cène et invente des armes de guerre) ; la fille du Prince, Angelica, fade et romantique,...


Cette aimable galerie pourrait constituer la trame de n'importe quel roman historique de gare - Dieu sait si le genre est à la mode en France actuellement. Et c'est justement là que Lagerkqvist montre son talent. Le nain raconte, d'un ton dégoûté et méprisant, les turpitudes de la cour. Il est contraint par la Princesse d'être le messager et l'entremetteur de ses aventures adultérines avec le méprisable Ricardo. Il est forcé d'assister aux débauches du Prince avec des ribaudes. Il raconte la frénésie des plaisirs auquel il ne prend évidemment aucune part. Et de cette frustration naît chez le chroniqueur une aversion envers la plupart des personnages de l'intrigue. Lorsque le Prince part en guerre contre ses ennemis, les Montanza (qui tiennent la cité voisine), il trouve enfin le terrain où extérioriser ses haines. Il devient alors un assassin, qui tire et des ordres du prince machiavélien et de son mépris des hommes la justification de ses crimes.


Ricardo, la princesse, sa fille Angelica, seront ses victimes directes ou indirectes. Le prince veut-il empoisonner les membres du clan Montanza lors de la signature du traité de paix qui conclut une guerre infructueuse? Ricardo, pourtant brillant capitaine pendant la guerre, se voit servir le calice funeste sous le regard du prince, que le nain imagine être approbateur. La princesse se reproche-t-elle la mort de Ricardo? Le nain prend sa revanche et contribue à détruire psychologiquement la femme infidèle en lui rappelant ses pêchés et en la forçant à se repentir douloureusement. La fille du Prince, Angelica, tombe-t-elle amoureuse de l'heritier des Montanza et l'accueille-t-elle subrepticement dans sa couche après la guerre? Le nain s'arrange pour tout raconter au Prince qui fait exécuter brutalement l'amant, entraînant peu après le suicide de la jeune amoureuse. Tout ce que touche le nain finit par être détruit de ses propres mains. Lagerkvist entraîne de cette manière le lecteur dans l'univers mental d'un monstre...


L'action n'a pas de lieu bien précis, mais on peut deviner Florence...


Le roman se finira mal pour le nabot criminel. Mais il aura réussi à se venger de l'immense frustration que représentait pour lui cette vie de cour. Et c'est là, je pense, l'essentiel du message de Lagerkvist. Dans une microsociété de plaisirs, celui qui en est exclu en vient à haïr ceux qui profitent de ce qui lui restera toujours inaccessible - il n'y a qu'à lire les pages sur l'amour pour le comprendre. Et la frustration menant à la haine, si rien ne vient la réfréner, la haine poussera au crime. Attention, le nain ne tue pas forcément ses victimes, mais il contribue à leur perte en s'érigeant procureur de leurs faiblesses et de leurs inconséquences. Seul le Prince, icône machiavélienne, qui n'hésite pas à faire assassiner ses ennemis et à éliminer ceux qui ne lui servent plus à rien, peut échapper aux implacables jugements du nain. Il est le seul personnage à surnager de ces intrigues et de ces coteries, le seul également qu'admire le monstre. Et c'est d'ailleurs lui qui met fin à l'infâme carrière de son serviteur.

Le propos a une actualité évidente. L'exclu d'une société en vient naturellement à haïr ceux qui l'en écartent. Le nain se revendique d'une autre race que celle des hommes. Il cherche à établir une différence totale entre les aspirations des courtisans et les siennes propres, alors même qu'il est un serviteur du Prince lui aussi. De l'immense frustration qui résulte de la difformité physique naît une pulsion criminelle qui finit par ravager cette société de cour italienne. Le culte contemporain de l'hédonisme et la multiplication fictive des potentialités de réalisation des désirs ne créent-t-ils pas les mêmes conséquences sur ceux qui ne peuvent en profiter? Le sujet est cependant trop vaste pour que je m'essaie à y répondre ici. Cependant, le propos de Lagerkvist peut se rattacher de loin en loin, au vu de la date de publication (1944), à une partie de la problématique nazie. Un Reynhard Heydrich - collaborateur d'Himmler  - , moqué pour son physique, exclu par les microsociétés dans lesquelles il tenta de s'intégrer, ne devint-il pas le plus impitoyable des bourreaux? Avec, comme pour le personnage de Lagerkvist, la belle excuse de l'obéissance, qui justifie tout, surtout l'injustifiable.

Et ce nain assassin, qui exécute sur des ordres plus ou moins clairs - l'empoisonnement de Ricardo notamment - et même  inexistants, qui utilise sa frustration comme catalyseur de ses actes, qui se refuse à se considérer comme un être humain, n'est-il pas justement l'exemple du monstre que peut devenir un homme lorsque la frustration et la haine ne trouvent aucune limites dans la société qui l'entoure? Ce n'est pas un hasard si c'est la guerre contre les Montanza et ses conséquences qui constituent le point de départ de la plongée criminelle du nain. C'est lors de circonstances exceptionnelles et dramatiques, à des moments où l'histoire semble s'accélérer, que des opportunités se créent pour les marginaux, les déclassés, les déçus, de prendre leur revanche sur la société pacifique qui ne leur a rien accordé. Alors, le crime et l'immoralité prennent le dessus pour un moment. Pour un moment seulement, car comme la fin du roman le laisse suggérer, le rétablissement de la paix et de la stabilité renvoient ces criminels devant les conséquences de leurs actes. Ils rentrent alors dans des cachots qu'ils méritent d'occuper - mais les auraient-ils occupés sans frustration et sans guerre?

Le nain aurait-il assassiné, détruit, brisé si la guerre ne lui avait pas offert l'occasion de déchaîner sa haine? Avait-il un moyen de résister? Pouvait-il être sauvé? Lagerkqvist semble pessimiste à ce sujet. La fin laisse suggérer qu'une fois passé certains degrés dans l'exclusion, l'opprobre, le dégoût de soi et des autres, plus rien d'humain ne peut subsister. L'irruption du monstre est le fait de l'homme. Le déchainement de la haine et du meurtre ne sont pas la conséquence isolée et imprévisible de l'existence d'une figure exceptionnellement inhumaine. Elles suivent au contraire un enchaînement funeste très humain. La férocité du nain est aussi la conséquence de sa solitude, de son isolement et de sa difformité.
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14 mai 2006 7 14 /05 /mai /2006 23:52
Retour sur le blog après deux semaines de "vacances". Je suis très occupé en ce moment et je n'ai pas pu lire autant que je l'aurais souhaité, malheureusement. Cependant, j'ai eu le temps d'achever la lecture de cet ouvrage de Fénelon (1651-1715). Je dois reconnaître que sa lecture fut plus longue que prévue. La langue ne présentait pourtant pas de difficultés particulières. Mais certains passages étaient un peu ennuyeux et didactiques. Forcément... En effet, ce livre a été écrit par Fénelon pour l'éducation, j'oserais même dire l'édification, du duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV et second héritier du trône. Succédant à Bossuet (précepteur du Grand Dauphin), Fénelon voulait former le duc avec un mélange de deux apports incontournables : celui de l'Antiquité et celui du christianisme. Les tableaux antiques se mêlent, avec un bonheur inégal, à des propos chrétiens et donc anachroniques. Bossuet, alors très influent, n'appréciera que peu cette symbiose hasardeuse. Cela s'ajouta aux différents griefs que l'êvèque de Meaux nourrissait déjà à son encontre - et la publication imprévue des Aventures de Télémaque entraînera au final l'éloignement de Fénelon de la Cour et la fin prématurée de son préceptorat.

Néanmoins, le livre gagnera au XVIIIe siècle une redoutable postérité. Car la mythologie que dépeint Fénelon, même si elle est inspirée, sinon copiée de passages entiers de l'Odyssée d'Homère et de l'Enéide de Virgile, s'éloigne fortement des seuls canons antiques. Elle tient lieu d'arrière plan à une série d'enseignements que n'ignorèrent pas, par la suite, les lettrés du "siècle des lumières". La richesse de la mythologie antique a souvent servi les dramaturges et les écrivains au cours de notre histoire littéraire. Et Fénelon prend cette base comme un point de départ à une entreprise plus vaste : initier à la culture antique tout en formant un futur souverain chrétien. Et si possible un souverain qui n'agirait pas comme son grand-père, qui aurait plus de sagesse et de discernement, plus de bonté et de sens du devoir. Bref, derrière les aimables leçons dispensées tout au long des 400 pages, Fénelon dresser en creux une satire et une critique du règne de Louis XIV. Certains passages, concernant le Tyran Pygmalion et sa maîtresse Astarbé, ressemblent même à un réquisitoire contre le couple Louis-Maintenon. Personne ne s'y trompa alors, le récit de Fènelon résonnait des dramatiques fautes commises par Louis XIV après 1680.

En conséquence de quoi, la publication de ce livre entraîna l'éloignement immédiat de son auteur et son bannissement de la Cour. Cette critique du "roi-soleil" fit cependant la renommée et la gloire des Aventures de Télémaque au long du siècle suivant.
 
Fénelon



L'histoire n'est évidemment qu'un prétexte à la leçon. Télémaque, fils d'Ulysse, a fui Ithaque dans l'espoir de retrouver son père, disparu depuis la Chute de Troie. Ce dernier erre en Méditerranée en raison de sa contribution décisive à la victoire grecque face à Priam, qui l'a brouillé définitivement avec les dieux Venus et Neptune, partisans des troyens. Ils ne cessent de dresser des obstacles à son retour à Ithaque ; leur courroux s'étend même à Télémaque et à son compagnon d'infortune, personnage vieux et sage, Mentor. Ce dernier, qui a pour mission d'éduquer le jeune héritier, l'aidera tout au long du livre. Il s'agit en fait - mais Télémaque ne le sait pas - d'une incarnation de Minerve/Athéna, déesse de la sagesse. Durant ses multiples aventures, Télémaque sera confronté à l'ensemble des dangers qui peuvent détourner un roi de son objectif, qui, pour Fénelon, est d'assurer le bonheur de ses sujets (tâche ingrate s'il en est affirme-t-il d'ailleurs à plusieurs reprises). Télémaque découvrira successivement la passion amoureuse - que Fénelon rejette par sagesse philosophique plus que par moralisme chrétien -, la tyrannie, l'exil, les courtisans, les ministres, les dieux - la rencontre avec Pluton/Hadès dans les Enfers est un des meilleurs passages d'aventure du livre - , mais aussi la diplomatie, l'économie ou encore la guerre. Quant à Ulysse, objet de cette quête, il n'apparaît qu'à l'extrême fin, sous une autre identité, comme si dans tout voyage, le parcours importait plus que la destination.


Mentor et Télémaque rencontrent Calypso (scène d'introduction du livre)


Composé de 18 livres d'égale longueur, la leçon de bon gouvernement dispensée par Fénelon peut se résumer en quelques phrases. Le roi doit se soucier principalement du bien-être de ses sujets et veiller sur eux comme un berger sur ses moutons (métaphore hautement biblique) - et non se perdre dans les illusions de la gloire militaire ou architecturale. Le roi doit prôner, par l'exemple si possible, une vie tempérée et saine, gouverner en écoutant les critiques des plus sages, savoir se méfier des courtisans et des flatteurs, mener la guerre en faisant confiance à ses généraux les plus méritants et non à ceux qui savent le mieux le manipuler, demeurer pieux et se méfier des passions... A priori, rien de bien original si l'on considère cela d'un regard lointain et ancré dans notre époque. Sauf que celui à qui est destinée cette oeuvre d'édification morale et politique a sous ses yeux l'exemple inverse, celui d'un Louis XIV vieillissant, dispendieux et tyrannique, entouré de flagorneurs et de mesquins... Fénelon n'ose cependant pas pousser le trait jusqu'à mettre en accusation le roi lui-même. Il préfère s'attaquer à son entourage, et encore, avec discrétion - on devine parfois des traits de Louvois, de la Maintenon ou encore de Bossuet derrière tel ou tel. Plus que les personnages, ce sont néanmoins les situations rencontrées par Télémaque qui renvoient en écho aux réalités des années 1680-1690.

Un bon exemple : Idoménée, héritier du trône de Crète, chassé pour avoir sacrifié son fils aux Dieux, est devenu par la suite roi de Salente. Au moment où Télémaque et Mentor débarquent dans son royaume, il est en guerre contre tous ses voisins, qui veulent le vaincre avant qu'il ne les attaque... Car Idoménée a construit des forteresses aux marches frontalières de son territoire, après une série d'annexions sans véritable fondement moral. Il se justifie alors, sous le regard sourcilleux de Mentor, par un souci de protection qui dissimule mal des ambitions d'expansion. Et c'est ainsi qu'il effraie ses voisins qui ne le laisseront pas en paix tant qu'il n'aura pas renoncé à ses prises de guerre. Pour ceux qui connaissent un peu le règne de Louis XIV, Vauban, les réunifications et la guerre de Dévolution apparaissent clairement. Mentor/Minerve convaincra Idoménée de renoncer et Télémaque parviendra à négocier la paix.
Ensuite Mentor recadrera le gouvernement d'Idoménée en supprimant les travaux somptueux, les frais de Cour, en adoptant une mode vestimentaire et culinaire sobre. Versailles, Versailles, Versailles,...



La Cour


Le grand défaut du livre, il faut bien l'avouer, ce sont les longues pages didactiques de Fénelon concernant l'économie, la guerre et "la bonne gouvernance" - pour utiliser un pléonasme anachronique. Fidèle à sa mission de précepteur, conscient que l'éducation, c'est avant tout la répétition, Fénelon serine ses leçons, les réitère au fil des Livres et endort parfois un peu le lecteur d'aujourd'hui. En outre, les solutions qu'il prône, si elles sont moralement estimables, se départissent difficilement d'une certaine naïveté, en matière d'économie surtout. A lire par petites doses, indubitablement... Surtout que la langue, plus lisible que je ne le craignais, est toutefois un peu trop riche de superlatifs et d'envolées lyriques parfois indigestes.
En contrepoint, il faut bien reconnaître que Fénelon est parvenu à me donner l'envie de me plonger dans la mythologie. Il n'est pas de grands mythes qu'il n'ait évoqué, attisant souvent ma curiosité. Les notes de bas de page m'ont d'ailleurs bien aidé, car le lecteur que je suis dispose d'une culture classique étique. Hélas!


En conclusion, je dirais que Les Aventures de Télémaque furent une bonne lecture, mais à aborder après une petite plongée dans la mythologie et dans l'histoire du règne de Louis XIV.


P.S. : le duc de Bourgogne est mort en 1712, un an après son père et peu avant son fils aîné - soit les trois héritiers de la couronne de France. L'oeuvre d'édification n'aura donc pas servi à celui à qui elle était destinée!

re P.S. : j'ai beaucoup aimé un passage en particulier où Fénelon dit :
"
La condition privée, quand on y joint un peu d'esprit pour bien parler, couvre tous les défauts naturels, relève des talents éblouissants, et fait paraître un homme digne de toutes les places dont il est éloigné. Mais c'est l'autorité qui met tous les talents à une rude épreuve et qui découvre de grands défauts."
Voilà une belle leçon que certains de nos aspirants gouvernants devraient mûrir.


 
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26 avril 2006 3 26 /04 /avril /2006 00:26
Salut à ceux qui passent!

Je pars une dizaine de jours loin de mon ordinateur et je n'aurai pas l'occasion d'écrire de nouvelles recensions. Mais consolez-vous, je vais pouvoir prendre un peu de temps pour lire et je reviendrai avec plein d'articles.

A bientôt

(retour vers le 10 mai)
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19 avril 2006 3 19 /04 /avril /2006 18:29
Seconde recension, fort différente de la première, puisqu'est ici mis à l'honneur un roman finlandais de 1983 d'un genre bien différent de celui de Thérèse Desqueyroux. Ouvrage assez court (260 pages), la forêt des renards pendus relate les aventures d'un braqueur de banque dandy, d'un major alcoolique de l'armée finlandaise et d'une vieille femme lapone qui se retrouvent, par le plus grand des hasards, ensemble durant les deux tiers du livre. Le titre annonce par bien des aspects le burlesque et l'humour qui traversent ce roman. A lire comme un David Lodge, pour se détendre car le propos y est sans prétention. J'ai d'ailleurs passé un fort bon moment. Moins astucieux, littérairement parlant que Lodge, mais tout aussi réjouissant.




Aarto Pasilinna

L'histoire

Rafael Juntunen, malfrat de seconde zone, et deux complices, un crétin fini (Sutunen) et un psychopathe fortement antipathique (Hemmo Siira), ont dérobé des lingots d'or à la banque nationale de Norvège. Comme prévu dans un plan déjà fort drôle, les deux compères se laissent arrêter pour permettre à Juntunen de s'enfuir avec une partie du butin, à charge pour lui d'attendre que les deux gangsters sortent de prison pour partager le magot. Evidemment, au bout de quelques années, Juntunen s'étant déjà servi dans sa propre part, il commence à se dire qu'il serait dommage d'attendre la sortie de prison de Siira et Sutinen ou même de partager avec eux. Il s'arrange donc pour renvoyer le simplet Sutinen en prison dès qu'il en sort, en lui montant un coup fourré particulièrement savoureux. Mais concernant Siira, qui n'hésitera probablement pas à le tuer, la partie s'annonce plus tendue. Comment éviter le partage? En fuyant...

Il va ainsi se réfugier en Finlande, au niveau du cercle polaire pour y cacher son magot. C'est là, après quelques aventures, qu'il rencontre le major Gabriel Amadeus Remes, alcoolique notoire, qui s'occupe de manoeuvres militaires dans la zone. Sans dévoiler plus avant l'histoire, Juntunen parvient à déjouer les soupçons de Remes en lui faisant croire qu'il a trouvé de l'or dans la région. Ils s'entendent à merveille, améliorent la cabane sinistre dans laquelle Juntunen s'était caché, jusqu'à en faire un vrai petit palace puis rencontrent une vieille lapone nonagénaire, Naska qui a fui les services sociaux de Finlande, qui voulaient l'interner de force dans un asile pour vieillards. Ils vont mener une vie de château dans cette cabane isolée jusqu'à ce que le psychopathe Siira retrouve leurs traces.

Particulièrement drôle et amoral, le récit de leurs aventures m'a fait passer un excellent moment. Ce n'est certes pas une oeuvre dont on peut tirer de grands enseignements littéraires, politiques et individuels, mais elle permet de sourire et de s'amuser pendant une ou deux soirées. Chaque chapitre réserve ses traits d'humour grinçant jusqu'à l'apothéose finale et ces pièges à renard, installés tout autour de la cabane, qui trouvent une toute autre destination que celle prévue par Juntunen et Remes.

Chercher la cabane du père Noël peut être dangereux pour des touristes allemands...
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17 avril 2006 1 17 /04 /avril /2006 11:31
Oui, je sais, ce n'est pas très original pour une première recension. Tout le monde est censé avoir lu ce petit roman de 140 pages, ou au moins savoir de quoi il parle. Je reprend à peine contact avec le monde de la littérature après des années de dégoût relatif de tout ce qui est romanesque. Forcément, je reviens auprès des classiques que je suis désormais capable d'apprécier à leur juste valeur, enfin je l'espère. En principe, en ce moment, un livre que je lis sur trois est un classique... et par classique, j'entend aussi bien Rabelais, Voltaire, Huysmans, Gide ou Gary que les écrivains dont on s'évertue à vous dégoûter à l'école (Hugo et Flaubert notamment). Bref, ce roman de Mauriac est un classique de la littérature de l'entre-deux-guerres.



François Mauriac


L'histoire est relativement simple. Je savais qu'il existait au fin fond de la Creuse ou du Cantal, des endroits isolés de tout. Apparemment, en Aquitaine, il est possible d'en trouver aussi, ils sont appelés dans mon jargon des "trous". Et c'est dans un de ces trous que se tient, peu avant la première guerre mondiale, l'histoire du livre. Bernard Desqueyroux est un gentilhomme propriétaire de grands terrains dans un coin perdu d'Aquitaine, appelé Argelouse. Il passe son temps à chasser, boire, manger et amasser son argent. Bref, un personnage hautement "sympathique", pur produit de la ruralité, individu pré-moderne, qui n'a aucune psychologie et qui ne pense qu'à l'argent. C'est un homme assez simple et naïf. Pour agrandir le terrain familial, ses parents se sont entendus avec les parents de l'héroïne, Thérèse. En effet, par le mariage de Bernard et de Thérèse, ils espèrent une union fructueuse qui étendra l'influence et les richesses des deux clans. Le problème, c'est que Thérèse ne peut pas supporter Bernard, qui est dépeint, par les yeux de Thérèse, de manière très négative : il est un monstre d'inculture et de bêtise tout au long du livre, comparé à elle. C'est d'ailleurs une des forces du roman que de nous plonger dans les méandres du ressentiment de Thérèse contre son mari.

Ressentiment qui est tellement fort qu'elle va jusqu'à l'empoisonner avec l'arsenic que Bernard est censé prendre en petites quantités. Une goutte de plus par-ci, quatre gouttes de plus par-là, Bernard se sent alors un peu patraque, puis clairement malade. Malheureusement pour Thérèse, car on en vient à prendre parti pour elle, le médecin familial se rend compte de tout cela et Thérèse finit devant un tribunal... Elle n'est d'ailleurs même pas condamnée, la peur du scandale ayant poussé son mari à produire un faux-témoignage.


Le roman s'ouvre sur le retour de Thérèse à Argelouse, après ce procès. La première partie permet à Mauriac de remettre en place toute l'histoire que je viens rapidement de résumer. La seconde raconte la claustration de Thérèse par son mari qui, méfiant, la tient enfermée dans sa chambre. Les pages qui racontent le glissement de Thérèse dans l'apathie et la quasi-folie sont magistrales. Cependant Bernard Desqueyroux finira par libérer sa femme, en partie parce qu'il en a peur, en partie parce qu'il a compris qu'il ne sert à rien d'essayer de la contraindre à vivre recluse... ce serait la tuer. Et faire jaser le pays, ce que Bernard craint le plus. Le dernier chapitre raconte la libération de Thérèse à Paris. Une fin qui paraîtra optimiste à toutes les lectrices (et à tous les lecteurs, mais ça, encore, je n'en suis pas si certain).

Petit avis sur la question

Or, l'incapacité de Thérèse à trouver la foi, à transposer son malheur dans une transcendance spirituelle (qui aurait pu avoir lieu lorsqu'elle était recluse à Argelouse, à la manière des prophètes partis marcher dans le désert) est justement ce qui la condamnera ensuite, après que le roman se soit terminé, à errer dans la chair, dans les affres d'une vie matérielle tournée vers le précaire, le charnel, le contingent. C'est toute la patte de l'écrivain authentiquement catholique que fut Mauriac qui se révèle ici. Dans une société urbaine profondément marquée par la tentation de la chair, dans une société où chacun est censé se construire soi-même selon ses propres règles, à son bon plaisir, de façon anonyme, individuelle et détachée de toutes les contraintes familiales et sociales de la vie rurale, l'absence de Dieu contraint l'être à errer. Il se perd d'autant plus qu'il ne vit pas une transcendance, car pour Mauriac, il est des êtres, dont Thérèse, qui sont incapables de trouver en eux-mêmes les ressources de la foi, des êtres que jamais la grâce ne touchera. D'ailleurs, c'est impressionnant de voir la faculté de l'écrivain croyant qu'est Mauriac de se glisser dans la tête d'une athée opposée à toute mystique.

Et pour les gens comme Thérèse, la vie familiale et rurale ne peut être qu'un carcan culturel et intellectuel insupportable (Thérèse voudrait lire, elle est d'ailleurs séduite par un petit intellectuel parisien en séjour près d'Argelouse, Bernard ne fait que chasser). Dieu n'est pas là pour soulager leurs frustrations et leurs souffrances. La ville paraît alors comme une libération, mais n'est-elle pas l'incarnation de la perdition, si seuls le plaisir et l'illusion d'exister uniquement pour soi-même sont les moteurs de la vie?

Un roman apparemment féministe, partisan de l'émancipation de l'individu des contraintes familiales, mais qui s'achève sur une note contradictoire : la libération n'est elle pas une illusion si l'on est sans but et sans Dieu? Prenez la dernière phrase du livre par exemple :"Elle farda ses joues et ses lèvres, avec minutie ; puis ayant gagné la rue, marcha au hasard". (allusion à la séduction, et donc à la chair ; puis à l'absence de but, liée à l'absence de Dieu). La question fondamentale posée par l'écrivain me semble être éminemment actuelle, sa réponse aussi d'ailleurs. Thérèse Desqueyroux est selon moi une figure marquante de l'individualisme contemporain : narcissique, égoïste, incapable de sentiment même envers sa fille, centrée sur elle-même, refusant les contraintes,... Mais en même temps elle est attachante, parce qu'elle est dans une situation justement insupportable à nos yeux d'individus "libérés" : mariée de force, contrainte de vivre avec quelqu'un d'insupportable, sans perspectives d'avenir, condamnée à vieillir, à user sa seule vie, et à mourir dans ce coin triste et perdu,...

Sûrement une des raisons pour lesquelles ce livre a continué à être lu. Nous avons rompu avec les liens qui nous attachaient dans le passé (famille, religion, etc...) pour gagner la liberté. Et que nous offre cette libération? Un avenir non écrit, plein d'incertitudes, à la fois éprouvant et prometteur, mais qui risque de nous précipiter dans deux écueils : le désir et la contingence. Le désir fait-il de nous des êtres plus libres ou remplace-t-il les vieilles contraintes sociales par des contraintes naturelles aux méfaits comparables? La contingence, guide de nos vies urbaines, n'est-elle pas l'autre nom, aujourd'hui imprononçable, de Dieu?

Les préoccupations du catholique Mauriac sont, je l'avoue, très stimulantes. Non pas que je sois particulièrement croyant, mais le regard de l'écrivain, marqué par sa foi, se fait analyste visionnaire du destin de l'individu occidental, qui brise les chaînes du passé, de la tradition et de la société pour s'enferrer dans l'illusion de la liberté et de l'hédonisme. Vivre comme Thérèse à Argelouse ou se noyer sans rédemption dans la ville et la modernité? L'alternative me paraît insoluble... et Mauriac n'a finalement pas sauvé Thérèse. La figure de l'individu moderne serait-elle donc condamnée à l'errance? Au choix cornélien entre des contraintes pesantes qu'il ne peut plus tolérer et une liberté-errance qui fait de lui le jouet du désir et de la contingence?

Je ne sais...


(Mais je vous conseille vivement de lire et de relire ce roman de François Mauriac, publié en poche, et donc moins cher qu'un paquet de cigarettes...)





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17 avril 2006 1 17 /04 /avril /2006 01:20

Bienvenue à tous les lecteurs présents et à venir.

Ce blog, que je commence aujourd'hui, me permettra de mettre en ligne des compte-rendus, critiques et autres avis argumentés sur les livres que j'ai lus. Ce qui n'est pas fait d'ailleurs pour vous intéresser plus que cela, hypothétique égaré du net... (oui je vous vouvoie, nous n'avons pas gardé les verrats ensemble). Je l'assume entièrement, je ne fais pas cela pour une éventuelle reconnaissance. Je le fais pour me forcer à revenir sur les nombreux livres que je lis chaque année (et dont souvent j'oublie le contenu par manque de courage : les notes, c'est long à prendre), et peut-être, si le coeur m'en dit, sur les musiques que j'écoute et les films que je regarde. Voilà donc les raisons essentielles.

Ici, pas de déballage sentimental, pas d'exposition narcissique de soi (un peu quand même), pas de controverse sarkozy/royal (quoique...), même pas de pornographie...

Revenez!!!!

Partez pas si vite...

Non, parce qu'en fait, le programme sera quand même alléchant! Des livres, des livres, des livres, encore des livres, toujours des livres, probablement un peu de cinéma, peut-être un peu de musique, bref un blog de KULTUR... Enfin, pas toute la culture non plus (je suis assez tenté de sortir le revolver quand j'entend ce mot et que je vois ce qu'on y associe...). Ce sera plutôt le parcours d'un aspirant "honnête homme" d'aujourd'hui dans les méandres de la culture universelle. Ce sera donc forcément très fragmentaire... Surtout avec un cursus personnel empli de superficialité et de pipeautage en tous genres.

Comme le disait Jean-Jacques, "je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur", et heureusement! Je n'aimerais pas faire d'émules - non, je ne parle pas de peer-to-peer.

Quel style de livres? Un peu de tout... essais, romans, histoire, politique, peut-être un peu de philosophie ou d'économie... Tout cela dépendra de mon ardeur à la tâche et de la force morale qu'il me faudra parvenir à réunir pour me tenir à mes objectifs - je ne vous les communique pas à dessein. Bref, tout ce babillage inutile pour vous dire bienvenue à tous sur ce blog.
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