Qu'est ce?

Biblio-infinie, un micro blog sans prétention aucune (comme le titre l'indique si bien)... et où je commenterai sans compromission ce que je lis! Fonctionne en courant alternatif selon mes disponibilités (je ne commente en fait que quelques lectures, choisies selon des critères complètement aléatoires et variables).

Littérature, histoire, essais, bref des recensions au fil des lectures... Peu de place cependant au buzz  et aux sorties à la mode. Il existe suffisamment de promoteurs dans les médias pour que je n'agglutine pas ma voix au concert des épiciers.

Place aux avis d'un citoyen aspirant "honnête homme" (c'est moi!), pur produit de notre beau système universitaire français qui fonctionne si bien, que le monde entier nous envie, qui forme tant de grands esprits et tout, et tout, et tout...

Bonne lecture!
Mardi 25 décembre 2007
Dans la série "je me fixe des défis absurdes", j'ai décidé voilà quelques mois de m'atteler à lire un ou plusieurs chefs d'oeuvre de l'ensemble des Prix Nobel de littérature. Je sais bien que ce genre de récompenses sont souvent critiquées : arbitraires, aveugles, à côté de la plaque. Cependant, tenter de s'ouvrir à ce qui n'est pas à la mode, à ce qui ne vient pas d'être publié, nécessite quelques connaissances, un certain sens de l'orientation. Une liste de lauréats peut constituer une première étape, un premier guide. Je ne descendrais pas dans les sombres arcanes du Goncourt, mais il me semble que le Nobel, attaché à une oeuvre plus qu'à un livre, possède une bonne dose de légitimité. Le tropisme scandinave de l'Académie n'est en plus pas pour me déplaire. Pour l'instant, j'ai abordé Kipling (1907), Lägerlof (1909), France (1921), Gide (1947), Eliot (1948), Faulkner (1949), Lägerkvist (1951), Mauriac (1952), Churchill (1953), Steinbeck (1962), Soljenitsyne (1970), Morrison (1993) et Saramago (1998). William Golding (1983) s'ajoute aujourd'hui à cette liste.

740.jpg
Certains romans sont écrits pour les enfants. D'autres, écrits pour les adultes, sombrent, sans qu'on sache bien pourquoi, dans les collections jeunesse, alors même que leur profondeur et les thèmes abordés devaient les préserver de cela. Gulliver de Jonathan Swift, Ivanhoë de Walter Scott, Vendredi de Michel Tournier ont connu cette étrange inflexion. William Golding et sa Majesté des Mouches également.

Quelques enfants se retrouvent, suite à un accident d'avion, isolés dans une île déserte. Très rapidement, ils se trouvent un chef charismatique qui essaie démocratiquement d'orienter les occupations de ses petits camarades : attiser un feu suffisant pour que les adultes puissent les secourir. Ralph, puisque c'est son nom, symbolise la raison et la civilisation. Lui manque seulement l'intelligence et la psychologie pour devenir le chef que les enfants auraient du avoir pour s'en sortir sans dommages. En effet, très vite, Ralph est dépassé. En quelques dizaines de pages, tout bascule et l'île s'enfonce peu à peu dans une dérive sanglante : combat des chefs, meurtre rituel, élimination des individus raisonnables, chasse aux différences, développement d'une religion irrationnelle, homogénéisation dictatoriale de la société...

La raison disparaît vite de l'atoll de rêve pour laisser la place au grégarisme et à la tyrannie. Débarassés de ses carcans (les adultes et leur règles), les enfants reviennent vite à un état de nature bien éloigné du Bon Sauvage cher à Rousseau. Peinturlurés, masqués, certains d'entre eux commettent des crimes. Redevenus des primitifs, ils adorent une idole, Sa Majesté des Mouches, qui n'est rien d'autre qu'une tête de cochon putréfiée. Tout ce que la civilisation a tenté de leur inculquer s'efface devant la nature, la seule et unique nature de l'homme, que la société canalise à grand peine. Violence, exclusion, panurgisme, bêtisme, fanatisme, idôlatrie, fétichisme, etc... Contre les bâtisseurs de cabanes, les protecteurs du feu potentiellement salvateur, se dresse une coterie de chasseurs, liés par la force et la puissance, que la raison ne parvient bientôt plus à canaliser. Lorsque l'espoir d'être sauvé s'efface, une nouvelle société, tribale, se met en place, effaçant tout ce qui l'a précédé - ou cherchant à le faire. Lutte pour le pouvoir, lutte pour la survie, exploration d'une chute, le roman aborde des thèmes peu évidents pour un public enfantin. Ce livre peut et doit donc être lu à des âges plus avancés.

Au final, je n'ai cependant pas été totalement convaincu par ce court roman pessismiste. La chute de la société enfantine est certes bien racontée. Mais la thèse elle-même n'est guère originale. Nul besoin de lire ce livre pour savoir à quel point le vernis civilisé peut craquer dans des situations extrêmes. L'illustration n'est pas maladroite, mais je trouve qu'elle manque de puissance. Peut-être la raison pour laquelle ce roman est plutôt adressé aux enfants et adolescents désormais.

 
Par Ibarrategui - Publié dans : Classiques étrangers
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil
faire un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus