Qu'est ce?

Biblio-infinie, un micro blog sans prétention aucune (comme le titre l'indique si bien)... et où je commenterai sans compromission ce que je lis! Fonctionne en courant alternatif selon mes disponibilités (je ne commente en fait que quelques lectures, choisies selon des critères complètement aléatoires et variables).

Littérature, histoire, essais, bref des recensions au fil des lectures... Peu de place cependant au buzz  et aux sorties à la mode. Il existe suffisamment de promoteurs dans les médias pour que je n'agglutine pas ma voix au concert des épiciers.

Place aux avis d'un citoyen aspirant "honnête homme" (c'est moi!), pur produit de notre beau système universitaire français qui fonctionne si bien, que le monde entier nous envie, qui forme tant de grands esprits et tout, et tout, et tout...

Bonne lecture!
Jeudi 20 décembre 2007
Je continue dans ce cycle "livres d'histoire" avec un détour au XVIIIe siècle. Certaines périodes se caractérisent par une agitation révolutionnaire supérieure à la moyenne. Le milieu du XIXe siècle ou le début du XXe siècle en furent l'exemple. Mais celle qui  initia à terme ces révoltes se produisit entre 1775 et 1805. En 30 ans, les colonies d'Amérique et les grandes nations européennes connurent presque toutes ce genre d'agitation. Le francocentrisme pourrait laisser croire que seule la France vécut un épisode révolutionnaire. C'est évidemment faux : Etats-Unis, colonies françaises, colonies espagnoles, Pays-Bas, Rhénanie, Suisse, Italie, Grèce, Autriche, Russie traversèrent, à des degrés différents, des périodes d'intense agitation. Reconnaissons-le tout de suite, le livre de Jacques Solé met plus en exergue les différences que les ressemblances entre ces épisodes.  Il décrit, à la suite, sept grands épisodes révolutionnaires et ne les relie qu'assez peu entre eux.


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Ce livre est d'ailleurs plus un collage de brèves synthèses (quarante pages chacune environ) qu'une vaste étude des révolutions de l'époque. Il s'ouvre avec un chapitre qui n'apprend pas grand chose aux connaisseurs de la Révolution américaine. Je noterai seulement quelques éléments : la faiblesse de la direction politique de la guerre civile ; la médiocrité de la stratégie anglaise ; le flottement qui précède l'adoption du monument constitutionnel américain. La guerre civile est gagnée, malgré l'opposition, souvent négligée, des loyalistes - qui peupleront ensuite le Canada - et de certains indiens. La narration mythique de la Guerre de 1776-1784 insiste souvent sur le caractère unanime et légitime de la résistance coloniale. Solé remet en perspective ces deux croyances : le doute, l'incertitude, le refus caractérisèrent aussi de larges parties de la population des Treize Colonies. Sans la finesse de Washington, l'appui de la France, la nullité des commandants anglais et la lassitude du gouvernement britannique, la rébellion aurait pu être vaincue. Sa réussite, quelque peu inespérée, aboutit alors à un flottement politique auquel la Constitution, mise en forme par Madison et Hamilton principalement, met fin. Solé parle même de "coup d'Etat fédéraliste" (les partisans d'Hamilton). Malheureusement, la brieveté de ce chapitre ne permet pas à Solé d'approfondir outre mesure. C'est d'ailleurs l'un des défauts majeurs du livre.

Solé se tourne ensuite vers les Pays-Bas : une révolution des bourgeois y met fin provisoirement au pouvoirs du Stadthouter, largement despotiques, et ce avant même 1789. Finalement vaincue par une intervention anglaise et prussienne, la révolution batave renaîtra quelques temps de ses cendres avec l'invasion française. Mais, comme en Rhénanie, en Italie ou en Suisse, le pouvoir français, avide, pillard, causera la chute des nouvelles institutions. Annexion, départementalisation... tout ceci finira avec la chute de Napoléon. Contrairement à la Hollande, la Rhénanie ou l'Italie ne sont pas des terres proprement révolutionnaires : l'équilibre y est, à des doses plus ou moins fortes, remarquable. La présence française ne sera jamais considérée, sauf par quelques collaborateurs italiens, comme une entreprise de libération, mais bien comme une invasion. Les rhénans et les italiens souffriront de la disjonction entre la rhétorique libératrice, surtout sensible avant la chute de Robespierre et la pratique d'occupation, violente et dévoyée, qui s'accentuera avec le Directoire. Ici comme là, amenée dans les fourgons de l'étranger, artificiellement imposée à des contrées qui ne la désiraient pas, la Révolution ne sera jamais qu'un méfait français de plus. Ces chapitres ont l'intérêt de traiter d'évènements rarement abordés par l'histoire synthétique de la Révolution, qui se concentre souvent sur les éléments intérieurs ou les batailles extérieures, rarement sur la pratique du pouvoir dans les mal-nommées "Républiques Soeurs" (batave, rhénane, cisalpine, romaine, etc...). Solé ne l'indique pas, mais le lecteur présume au vu de cette analyse que ces Révolutions n'auraient jamais eu lieu sans l'attaque française... un peu comme les révolutions d'Europe centrale en 45-48 dépendirent d'abord de l'occupation soviétique et de l'attitude de Staline.

Solé examine ensuite les révolutions d'Europe centrale, notamment la révolte du cosaque Pougatchev qui fit trembler Catherine II. Il les replace dans leur contexte et les oppose aux révolutions occidentales : autour de l'expérience française, ce furent principalement des entreprises issues des Lumières, cherchant un nouvel avenir contre le despotisme. A l'est, elles furent des occasions d'expression de la Réaction à la centralisation croissante des Etats austro-hongrois et russe. Si l'on excepte l'infortunée Pologne, où la révolution menée par les élites après le premier partage fut d'abord un sursaut national, les autres révoltes étaient avant tout dirigées vers un passé idéalisé qu'elles cherchaient à restaurer. Différence majeure qui marque une césure entre la Révolution française et les révoltes d'Europe centrale et orientale.
180px-Pugachyov.jpg Pougatchev

Enfin, et ce sont là les meilleurs chapitres de l'ouvrage, Solé examine les expériences de la Grande-Bretagne, d'Haïti et de la Nouvelle-Espagne. L'histoire britannique est marquée par la Glorieuse Révolution de 1688. Les problématiques n'y sont déjà plus celles de la France : une agitation démocratique (Thomas Paine) cherchant l'extension du suffrage et de la légitimité des Chambres se voit vite relayer par des mouvements de contestation sociale ouvriers. Les thématiques luddites et le socialisme d'Owen qui marqueront l'entrée des artisans dans la Révolution Industrielle sont déjà sous-jacentes : à l'inverse de toutes les autres expériences de l'époque, la contestation - car de Révolution il n'y a pas sous le Jeune Pitt et George III - prend un tour nettement économique et politique. Ces expériences sont plus proches de celles que la France connaîtra au XIXe que de la Révolution. La cause irlandaise donnera en sus un tour nationaliste aux expériences britanniques : le Royaume-Uni de ce temps est le laboratoire des luttes à venir. La coexistence de l'expérience française puis napoléonienne ralentira nettement l'expression et la victoire de ces mouvements. Assimilés à des traîtres pro-français, l'extension de leurs idées s'en trouvera ralentie. Ils referont surface pendant une bonne partie du siècle suivant, en Angleterre et ailleurs.

La révolution en Nouvelle-Espagne n'est déjà plus guère dans le cadre chronologique choisi par l'auteur. Néanmoins les prémisses des guerres bolivariennes sont déjà là. Révoltes des créoles contre l'administration despotique espagnole, contestation des ingérences de Madrid en Nouvelle-Grenade, au Pérou ou à La Plata, mais aussi révolution indienne de Tupac Amaru II dans l'actuelle Bolivie, difficile jeu de pouvoir entre colons, espagnols, créoles et indiens. L'invasion française en métropole donnera une belle occasion à la progression de la cause indépendantiste qui finira par s'imposer dans les années 1820. Le principal enseignement de ce chapitre, c'est la relation dynamique entre le despotisme éclairé espagnol, qui se caractérise par une tentative de recentralisation administrative et politique, l'opposition créole, autonomiste, qui se réclame à la fois de l'héritage indien et de celui de l'Espagne catholique, et enfin la prise de conscience indienne, qui prend des formes particulièrement violentes, effrayant les deux autres participants du jeu social.
ToussaintLouverture.jpg Haïtien imitant Napoléon...

Enfin, la moins connue de ces révolutions, qui présente des analogies avec la Nouvelle-Espagne c'est Haïti. D'ailleurs le livre présente Toussaint Louverture en couverture. La situation y est particulièrement complexe : les français révolutionnaires viennent reprendre en main l'île et briser l'esclavage. Ils sont confrontés à des planteurs blancs prêts à vendre l'île aux anglais pour contrer l'abolitionnisme, à des créoles riches qui veulent l'autonomie politique mais sûrement pas la fin de l'esclavage, à des blancs pauvres qui se révoltent contre une éventuelle reconnaissance politique des créoles riches  - rhétorique raciste issue d'un ressentiment économique : ne pas reconnaître l'égalité politique car il y a déjà égalité voire domination économique (on retrouve ça en Afrique du Sud au XIXe) - et évidemment à une masse d'esclaves manipulés par leurs maîtres, blancs ou créoles. A ces derniers, tous promettent l'émancipation, peu l'appliquent... Si on ajoute à cela quelques aventuriers abolitionnistes (Jean-François, Louverture, Dessalines), l'invasion des anglais et des espagnols, le lecteur comprendra toute la richesse de la révolution haïtienne. Je ne tenterai pas de la résumer dans cette note déjà trop longue, mais j'ai vraiment apprécié ce résumé d'une Révolution méconnue.

Je me rends compte que j'ai beaucoup écrit dans ce résumé. Vous pourriez vous dire que le livre est vraiment passionnant. Même pas. En fait, si. Hum. Je ne suis pas clair... Les faits exposés m'étaient pour la plupart inconnus. J'ai donc appris pas mal de choses. Sur le fond, cependant, comme indiqué plus haut, je trouve les chapitres trop déconnectés entre eux. Il n'y a même pas une conclusion pour tenter de dresser un bilan, de rapprocher les situations des différentes Révolutions. Enfin déjà que Solé confond Révolutions, révoltes, agitation, contestation sociale et qu'il ne définit pas les termes, il n'allait pas en plus s'expliquer sur ses choix. C'est de l'histoire très - trop - évènementielle. Enfin, il faut peut-être en passer par là pour approfondir ultérieurement. Je passerais volontiers l'éponge sur ce défaut si le livre n'était pas si mal écrit. Quelle horreur! Les historiens sont rarement des stylistes et j'ai moi-même une écriture très imparfaite. Mais pas à ce point... Solé accumule certaines expressions "celui-ci", "celle-ci" en entrée de phrase (je le fais aussi, mais lui c'est tout le temps, et puis il est prof, c'est pas pareil!) par exemple. Le pire c'est quand il utilise "Le second" ou "le premier" après une accumulation jusqu'à trois fois par pages. J'ai souvent été contraint de m'accrocher et de relire des phrases pour les comprendre... Pourquoi donc certains bouquins d'histoire sont-ils aussi mal écrits?
En résumé : si la période et le thème vous intéresse, le fond est correct, mais faiblement articulé. Par contre, oubliez le plaisir de lecture.
Par Ibarrategui - Publié dans : Histoire
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