Qu'est ce?

Biblio-infinie, un micro blog sans prétention aucune (comme le titre l'indique si bien)... et où je commenterai sans compromission ce que je lis! Fonctionne en courant alternatif selon mes disponibilités (je ne commente en fait que quelques lectures, choisies selon des critères complètement aléatoires et variables).

Littérature, histoire, essais, bref des recensions au fil des lectures... Peu de place cependant au buzz  et aux sorties à la mode. Il existe suffisamment de promoteurs dans les médias pour que je n'agglutine pas ma voix au concert des épiciers.

Place aux avis d'un citoyen aspirant "honnête homme" (c'est moi!), pur produit de notre beau système universitaire français qui fonctionne si bien, que le monde entier nous envie, qui forme tant de grands esprits et tout, et tout, et tout...

Bonne lecture!
Mercredi 12 décembre 2007

Retour à l'histoire européenne avec cette biographie. Le chancelier Bismarck apparaît aujourd’hui comme un des mauvais génies de l’histoire européenne. La Prusse, la plus petite des grandes puissances européennes avant son arrivée au pouvoir, s’étendit, se transforma sous sa férule, jusqu’à constituer une menace permanente pour l’équilibre des forces du continent. Les conséquences de l’unification allemande ont eu des ramifications tout le long du XXe siècle et ont, indirectement ou directement, été à l’origine des deux guerres mondiales. Jean-Paul Bled, spécialiste de l’Allemagne, et auteur d’une biographie de Frédéric II, a publié, aux éditions Alvik, cette biographie du chancelier de fer. Ce travail, d’envergure limitée (300 pages) ne cherche pas à retracer le destin de Bismarck. Le lecteur se tournera pour ce faire vers Emil Ludwig ou Lothar Gall. Ici, la jeunesse et les années de formation sont évacuées en quelques pages. Ce qui intéresse l’auteur, c’est la conduite du gouvernement prussien puis allemand entre 1862 et 1890.

 
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Le jeune Bismarck, Junker, héritier des domaines familiaux, devint dans les années 1850 le porte-parole des conservateurs lors des débats à la Diète de Francfort (à l’époque la Confédération germanique, aux liens très lâches, dispose d’une sorte de parlement). Petit à petit, sa notoriété augmenta jusqu’à en faire l’ultime recours du roi de Prusse en cas de crise. Considéré comme trop radical pour gouverner en temps de paix, Bismarck était volontairement éloigné du pouvoir par Frédéric-Guillaume IV. Ce ne fut qu’à l’arrivée de son successeur Guillaume Ier qu’il accèda aux responsabilités gouvernementales. Lors d’une crise entre le roi et les libéraux à propos du budget militaire en 1862, Bismarck est appelé à devenir Ministre-président (équivalent prussien du Premier ministre). Alors qu’il ne disposait d’aucune majorité à la chambre, où les libéraux dominaient, il connaîtra quelques années difficiles où son pouvoir ne tiendra qu’à la confiance de Guillaume Ier. Il faut ici rappeler que la Prusse de l’époque n'était pas une monarchie parlementaire : le chef du gouvernement n'était responsable que devant l’exécutif. Seulement, comme il fallait bien faire passer des lois au parlement, Bismarck sera contraint de louvoyer entre les différents groupes de députés et d’essayer de les attirer à lui. Les conflits diplomatiques internationaux lui donneront la légitimité pour gouverner une chambre à l’origine très rétive.

Malgré les doutes du roi, souvent réservé à propos des initiatives internationales bismarckiennes, le chancelier parvint à atteindre son objectif d’union des États allemands en moins de dix ans. Dans cette perspective, il joua diplomatiquement sur tous les plans : d’abord amadouer la Russie, ensuite neutraliser l’Autriche, puis isoler et vaincre la France. Cette séquence n’était évidemment pas prévue telle quelle par Bismarck en 1862, elle se mit en place au fil des opportunités et des victoires prussiennes, jusqu’à la proclamation de l’Empire Allemand dans la galerie des glaces du Palais de Versailles en 1871. A chaque fois, le Chancelier sut habilement jouer des inimitiés et des erreurs adverses pour greffer à sa cause unitaire une large majorité d’allemands. En 1864, la question des duchés du Schleswig-Holstein donna l’occasion d’étendre la Prusse au nord et de placer l’Autriche dans une position inconfortable sur la scène allemande. Celle-ci finit par aboutir, après moult détours diplomatiques, à la rapide guerre de 1866 et à la défaite habsbourgeoise de Sadowa. L’empire austro-hongrois écarté du destin de l’Allemagne, la Prusse fonda la Confédération d’Allemagne du Nord. Celle-ci, qui ne comprenait pas les quatre Etats du sud (Bade, Wurtemberg, Hesse-Darmstadt et Bavière), n’était encore qu’un prélude à l’unification. Les efforts du chancelier pour se concilier pacifiquement ces quatre États catholiques ayant plus ou moins échoués (extension du Zollverein, négociations,…), il fallut une nouvelle guerre pour entraîner un soutien à la cause allemande unitaire. Bismarck manipula habilement l’opinion française lors de la résolution de la question du trône espagnol et, par la manipulation de la célèbre et laconique dépêche d’Ems, provoqua la déclaration de guerre française. Ayant empêché la France de s’allier avec l’Autriche ou l’Italie, l’Allemagne n’avait qu’un front à gérer. Histoire connue, Sedan, Metz, défaite terrible, disparition de l’empire napoléonien. L’Empire allemand pouvait être fondé.

Ces premières étapes auraient suffi pour placer Bismarck au firmament des hommes d’État allemands. Mais, après la fondation de l’Empire, il restera encore 19 ans aux commandes. Guillaume Ier, déjà vieux (il a 74 ans au moment de la proclamation de Versailles), lui laissa une grande liberté et Bismarck en profita. Trois grandes politiques rythmèrent ces années : la recherche de l’équilibre européen, la puissance allemande ne cherchant plus à s’étendre ; la lutte contre le socialisme, par la création d’une ambitieuse législation sociale ; la lutte contre les catholiques par le biais du kulturkampf.


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Désormais unifiée, l’Allemagne tenta encore pendant quelques années d’étendre sa puissance. Mais rapidement Bismarck se rendit compte que la Russie et l’Angleterre étaient désormais très inquiètes de l’extension rapide de la puissance germanique. Dans ces conditions, impossible d’accroître le poids de la nation au niveau européen. De révisionniste, la puissance allemande devint, jusqu’à l’avènement de Guillaume II, fondamentalement conservatrice. Il s’agissait de préserver la récente unité en empêchant les russes et les français de s’entendre dans le dos de l’Allemagne. Bismarck, conscient du revanchisme de la IIIe République, essaya à la fois de l’isoler et de la pousser vers d’autres horizons – la colonisation – où elle se heurterait nécessairement à un de ses alliés potentiels, l’Angleterre. Ses efforts vers la Russie aboutirent au traité de réassurance, résultat mitigé devant favoriser l’entente de Vienne, de Berlin et de Saint-Petersbourg, condition première de la sécurité allemande. Le problème de la Question d’Orient (l’effondrement progressif de l’Ottoman qu’il fallait ralentir et organiser afin de ne pas déséquilibrer le jeu des grandes puissances) finira par achever cette politique : entre l’Autriche et la Russie, il faudra faire un choix. Ce sera celui de Vienne. Du temps de Bismarck, cependant, l’équilibre est préservé, même si la balance penchait plus vers le sud que vers l’est. L’Italie devint ces années-là l’alliée de l’Allemagne, dressant ainsi un cordon sanitaire autour de la France.

L’essor du socialisme, surtout après la fusion des marxistes et des lassalliens au sein du SPD, fut une des autres inquiétudes du Chancelier de fer. Pour empêcher les ouvriers de faire triompher une cause révolutionnaire, il inventa une législation sociale, contre les avis de la plupart des libéraux et des conservateurs. Dans les années 1880, un système assurantiel, maladie et vieillesse, sera mis en place dans l’espoir de rallier les prolétaires au conservatisme. Cette politique échoua à affaiblir le SPD, mais permit à la fois d’améliorer les conditions de vie des travailleurs allemands et de faire du réformisme une des principales caractéristiques du système social germanique. Les conséquences à terme furent plutôt positives.

Enfin, la lutte contre les catholiques par le biais du kulturkampf s’achèva par contre sur un échec : le parti catholique (Zentrum) en sortit renforcé, les catholiques augmentant leur cohésion et Bismarck en vint presque à s’allier avec eux pour préserver son pouvoir. L’admission des pays du sud, non protestants, au sein de l’empire allemand préjugeait de toute manière mal de la réussite de ce combat.


Après la mort de Guillaume Ier en 1888, puis celle de son fils Frédéric III la même année, Guillaume II accéda au trône. Très rapidement, il s’opposa au Chancelier qu’il finit, en moins de deux ans, par renvoyer. Bismarck entrait dans la légende. Mort quelques années plus tard, il constitua le point de ralliement des différents groupes nationalistes jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale. Mythifié, conquérant, coulé dans le bronze de nombreuses statues, Bismarck devint la référence du nationalisme allemand. Et pourtant, certains aspects de sa politique, sociale ou diplomatique, s’accommodent mal de ce simplisme postérieur. L’échec final et tragique de l’Allemagne à dominer politiquement et militairement l’Europe sonnera le glas du culte bismarckien. Le héros d’hier est maintenant rangé dans la catégorie des souvenirs fâcheux.

 

Autant le dire, ce livre m’a un peu déçu. Non dénué de qualités (synthétique, clair), il est cependant trop court. Il passe en outre sur pas mal d’épisodes personnels du Chancelier. On pourrait même dire que ce n’est pas une biographie de Bismarck mais un récit de l’histoire diplomatique et politique de la Prusse entre 1848 et 1890. Ce n’est évidemment pas inintéressant. Sauf que la quatrième de couverture annonçait autre chose. Tromperie sur la marchandise…  J’avais trouvé son Frédéric II plus pertinent comme première approche d’un pan de l’histoire prussienne ET comme biographie. Ici une partie de l’objectif est manquée. C’est à peine si on devine qui était réellement le Chancelier – sa personnalité de « révolutionnaire blanc » ou de « conservateur rouge » (termes inventés par ses autres biographes) demeure finalement fort énigmatique… Et ce n’est pas ce livre qui aborde ce mystère. Je regrette aussi que l’histoire économique et sociale soit complètement évacuée. C’est logique dans une biographie classique, mais vu que celle-ci ne l’est pas, un petit rappel dans ces domaines n’aurait pas été superflu. Ce livre peut constituer une première approche utile et synthétique pour le néophyte en histoire allemande de la seconde partie du XIXe siècle. Pour les spécialistes ou les connaisseurs, cette lecture est superflue.

Par Ibarrategui - Publié dans : Histoire
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