Qu'est ce?

Biblio-infinie, un micro blog sans prétention aucune (comme le titre l'indique si bien)... et où je commenterai sans compromission ce que je lis! Fonctionne en courant alternatif selon mes disponibilités (je ne commente en fait que quelques lectures, choisies selon des critères complètement aléatoires et variables).

Littérature, histoire, essais, bref des recensions au fil des lectures... Peu de place cependant au buzz  et aux sorties à la mode. Il existe suffisamment de promoteurs dans les médias pour que je n'agglutine pas ma voix au concert des épiciers.

Place aux avis d'un citoyen aspirant "honnête homme" (c'est moi!), pur produit de notre beau système universitaire français qui fonctionne si bien, que le monde entier nous envie, qui forme tant de grands esprits et tout, et tout, et tout...

Bonne lecture!
Lundi 31 décembre 2007
CATEGORIE HISTOIRE

J'ai lu entre trente et quarante livres d'histoire cette année. Aucun chef d'oeuvre du niveau de Sebag Montefiore 2005 ne se distingue. Cependant, après mûre réflexion, je placerais en Prix Histoire 2007...

HISTOIRE DE L'AFRIQUE DU SUD de Xavier Fauvelle-Aymar

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J'ai trouvé cet ouvrage extrêmement bien conçu. D'ailleurs je l'avais ici même recensé. Histoire qui ne se limite pas à l'évènement mais cherche à distinguer le long terme et les constructions sociales dans l'écume des faits. En fait, idéalement, je voudrais que tout les livres d'histoire ait la même ambition, la même capacité de synthèse et de réflexion que celui-ci. J'ai senti un historien capable d'aller plus loin que sa seule science, de dépasser l'exercice imposé (raconter l'histoire d'une nation) pour en faire une réflexion sur la colonisation, la société coloniale, l'Afrique et l'élaboration d'une nation. En tant que "politiste" - enfin ça c'est ce que mes condisciples diplômés racontaient pour se faire mousser - j'ai enfin trouvé un historien capable d'allier rigueur et exhaustivité de l'analyse historique et réflexion théorique "science politique" fortement charpentée. A lire et à relire


QUATRE BELLES SURPRISES

Dauphin de Fauvelle-Aymar, j'ai longtemps hésité entre L'occident et l'énigme russe de Martin Malia, vaste fresque des relations intellectuelles et perceptuelles entre occident et Russie, Les douze césars, de Régis Martin, exégèse de Plutarque, Suétone et Tacite avec l'appui des connaissances scientifiques modernes (pour lecteur averti en matière romaine cependant, lecture de Suétone préalable ET obligatoire) et la belle biographie bien écrite de Marc Antoine de François Chamoux. J'ai finalement opté pour un quatrième, Margaret Thatcher de Jean-Louis Thiériot, qui retrace, et c'est une première en français, la vie et les mandats de l'ancienne Prime minister des années 80.
Cependant ces quatre livres méritent tous d'être lus!



 

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Prix spécial pour les Mémoire de jeunesse de Winston Churchill, recensés ici même ce mois-ci. A la frontière du romanesque et de l'histoire, ce témoignage n'est pas à proprement parler un ouvrage d'histoire. Mais le plaisir tiré à sa lecture méritait bien une mention ici.



Parce que je suis aussi méchant envers ce que je n'aime pas, voilà la liste de ce qu'il NE FAUT PAS ACHETER! (empruntez le à la rigueur, si ça vous plaît autant qu'à moi, vous n'aurez pas de regrets)

A éviter? le lamentable Beethoven d'Elizabeth Brisson, la poussiéreuse Histoire de Florence d'Yves Renouard, le "spécial fan de" Louis XV de François Bluche, le touristique Roman de la Saxe de Patricia Bouchenot-Déchin, le journalistique Heydrich de Mario Dederichs et, à la rigueur, la paresseuse biographie de Bismarck de Jean-Paul Bled.
Par Ibarrategui - Publié dans : Mes préférés de l'année
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Dimanche 30 décembre 2007
En cet avant-dernier jour de l'année, il est temps de faire un petit bilan! De la soixantaine de livres lus en 2007, je voudrais en faire ressortir quelques uns, qui m'ont paru d'une importance supérieur aux autres. Je n'ai pas tout recensé sur le blog. Souvent absent et occupé, je n'ai pas toujours pris la peine de commenter mes lectures. Dans les bonnes résolutions 2008, j'ai déjà placé la mise à jour régulière du blog... l'exhaustivité des recensions... je m'en sors pas mal depuis début novembre et la troisième résurrection de ce blog. J'espère rester au même rythme. L'année n'étant pas encore totalement terminée, je ne mets pas encore la liste complète de mes lectures 2007, mais je tiens à distinguer les plus saillantes.

Trois catégories: Histoire, Essais (non-fiction non-historique) et Littérature. 

Si j'avais dû les décerner en 2005, j'aurais récompensé sans hésitation "Staline, à la cour du Tsar rouge" de Simon Sebag Montefiore vainqueur toutes catégories. En 2006, l'inévitable "Don Quichotte", devant "Histoire du siège de Lisbonne" l'aurait emporté catégorie romans, "Effondrement" de Jared Diamond catégorie essais (et le toute catégorie). En histoire, la biographie de Raymond Aron par Baverez aurait peut-être fini par gagner, de justesse. Mais je reconnaîs qu'à l'époque, je n'avais pas le souci de compiler précisément mes lectures. J'annonce donc ces vainqueurs au jugé et de mémoire.
Pour mieux gérer ma bibliothèque, avec l'aide d'excel (je sens déjà le nombre de connexions via google que l'expression aide d'excel (deuxième...) va générer sur ce site), j'ai rationalisé tout ça. Quand on élabore la liste de ce qu'on a lu, au fil de l'année, il est plus facile de ne pas en oublier et de faire une hiérarchie, arbitraire, certes, mais qui distingue certains livres particulièrement intéressants.

Bref, sauf à finir un ouvrage extraordinaire d'ici le premier janvier 2008 (qui aura le prix spécial "dernière minute"), je pense que ces récompenses 2007 sont définitives.

A suivre dans les trois prochains jours...


Par Ibarrategui - Publié dans : Mes préférés de l'année
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Mardi 25 décembre 2007
Dans la série "je me fixe des défis absurdes", j'ai décidé voilà quelques mois de m'atteler à lire un ou plusieurs chefs d'oeuvre de l'ensemble des Prix Nobel de littérature. Je sais bien que ce genre de récompenses sont souvent critiquées : arbitraires, aveugles, à côté de la plaque. Cependant, tenter de s'ouvrir à ce qui n'est pas à la mode, à ce qui ne vient pas d'être publié, nécessite quelques connaissances, un certain sens de l'orientation. Une liste de lauréats peut constituer une première étape, un premier guide. Je ne descendrais pas dans les sombres arcanes du Goncourt, mais il me semble que le Nobel, attaché à une oeuvre plus qu'à un livre, possède une bonne dose de légitimité. Le tropisme scandinave de l'Académie n'est en plus pas pour me déplaire. Pour l'instant, j'ai abordé Kipling (1907), Lägerlof (1909), France (1921), Gide (1947), Eliot (1948), Faulkner (1949), Lägerkvist (1951), Mauriac (1952), Churchill (1953), Steinbeck (1962), Soljenitsyne (1970), Morrison (1993) et Saramago (1998). William Golding (1983) s'ajoute aujourd'hui à cette liste.

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Certains romans sont écrits pour les enfants. D'autres, écrits pour les adultes, sombrent, sans qu'on sache bien pourquoi, dans les collections jeunesse, alors même que leur profondeur et les thèmes abordés devaient les préserver de cela. Gulliver de Jonathan Swift, Ivanhoë de Walter Scott, Vendredi de Michel Tournier ont connu cette étrange inflexion. William Golding et sa Majesté des Mouches également.

Quelques enfants se retrouvent, suite à un accident d'avion, isolés dans une île déserte. Très rapidement, ils se trouvent un chef charismatique qui essaie démocratiquement d'orienter les occupations de ses petits camarades : attiser un feu suffisant pour que les adultes puissent les secourir. Ralph, puisque c'est son nom, symbolise la raison et la civilisation. Lui manque seulement l'intelligence et la psychologie pour devenir le chef que les enfants auraient du avoir pour s'en sortir sans dommages. En effet, très vite, Ralph est dépassé. En quelques dizaines de pages, tout bascule et l'île s'enfonce peu à peu dans une dérive sanglante : combat des chefs, meurtre rituel, élimination des individus raisonnables, chasse aux différences, développement d'une religion irrationnelle, homogénéisation dictatoriale de la société...

La raison disparaît vite de l'atoll de rêve pour laisser la place au grégarisme et à la tyrannie. Débarassés de ses carcans (les adultes et leur règles), les enfants reviennent vite à un état de nature bien éloigné du Bon Sauvage cher à Rousseau. Peinturlurés, masqués, certains d'entre eux commettent des crimes. Redevenus des primitifs, ils adorent une idole, Sa Majesté des Mouches, qui n'est rien d'autre qu'une tête de cochon putréfiée. Tout ce que la civilisation a tenté de leur inculquer s'efface devant la nature, la seule et unique nature de l'homme, que la société canalise à grand peine. Violence, exclusion, panurgisme, bêtisme, fanatisme, idôlatrie, fétichisme, etc... Contre les bâtisseurs de cabanes, les protecteurs du feu potentiellement salvateur, se dresse une coterie de chasseurs, liés par la force et la puissance, que la raison ne parvient bientôt plus à canaliser. Lorsque l'espoir d'être sauvé s'efface, une nouvelle société, tribale, se met en place, effaçant tout ce qui l'a précédé - ou cherchant à le faire. Lutte pour le pouvoir, lutte pour la survie, exploration d'une chute, le roman aborde des thèmes peu évidents pour un public enfantin. Ce livre peut et doit donc être lu à des âges plus avancés.

Au final, je n'ai cependant pas été totalement convaincu par ce court roman pessismiste. La chute de la société enfantine est certes bien racontée. Mais la thèse elle-même n'est guère originale. Nul besoin de lire ce livre pour savoir à quel point le vernis civilisé peut craquer dans des situations extrêmes. L'illustration n'est pas maladroite, mais je trouve qu'elle manque de puissance. Peut-être la raison pour laquelle ce roman est plutôt adressé aux enfants et adolescents désormais.

 
Par Ibarrategui - Publié dans : Classiques étrangers
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Jeudi 20 décembre 2007
Je continue dans ce cycle "livres d'histoire" avec un détour au XVIIIe siècle. Certaines périodes se caractérisent par une agitation révolutionnaire supérieure à la moyenne. Le milieu du XIXe siècle ou le début du XXe siècle en furent l'exemple. Mais celle qui  initia à terme ces révoltes se produisit entre 1775 et 1805. En 30 ans, les colonies d'Amérique et les grandes nations européennes connurent presque toutes ce genre d'agitation. Le francocentrisme pourrait laisser croire que seule la France vécut un épisode révolutionnaire. C'est évidemment faux : Etats-Unis, colonies françaises, colonies espagnoles, Pays-Bas, Rhénanie, Suisse, Italie, Grèce, Autriche, Russie traversèrent, à des degrés différents, des périodes d'intense agitation. Reconnaissons-le tout de suite, le livre de Jacques Solé met plus en exergue les différences que les ressemblances entre ces épisodes.  Il décrit, à la suite, sept grands épisodes révolutionnaires et ne les relie qu'assez peu entre eux.


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Ce livre est d'ailleurs plus un collage de brèves synthèses (quarante pages chacune environ) qu'une vaste étude des révolutions de l'époque. Il s'ouvre avec un chapitre qui n'apprend pas grand chose aux connaisseurs de la Révolution américaine. Je noterai seulement quelques éléments : la faiblesse de la direction politique de la guerre civile ; la médiocrité de la stratégie anglaise ; le flottement qui précède l'adoption du monument constitutionnel américain. La guerre civile est gagnée, malgré l'opposition, souvent négligée, des loyalistes - qui peupleront ensuite le Canada - et de certains indiens. La narration mythique de la Guerre de 1776-1784 insiste souvent sur le caractère unanime et légitime de la résistance coloniale. Solé remet en perspective ces deux croyances : le doute, l'incertitude, le refus caractérisèrent aussi de larges parties de la population des Treize Colonies. Sans la finesse de Washington, l'appui de la France, la nullité des commandants anglais et la lassitude du gouvernement britannique, la rébellion aurait pu être vaincue. Sa réussite, quelque peu inespérée, aboutit alors à un flottement politique auquel la Constitution, mise en forme par Madison et Hamilton principalement, met fin. Solé parle même de "coup d'Etat fédéraliste" (les partisans d'Hamilton). Malheureusement, la brieveté de ce chapitre ne permet pas à Solé d'approfondir outre mesure. C'est d'ailleurs l'un des défauts majeurs du livre.

Solé se tourne ensuite vers les Pays-Bas : une révolution des bourgeois y met fin provisoirement au pouvoirs du Stadthouter, largement despotiques, et ce avant même 1789. Finalement vaincue par une intervention anglaise et prussienne, la révolution batave renaîtra quelques temps de ses cendres avec l'invasion française. Mais, comme en Rhénanie, en Italie ou en Suisse, le pouvoir français, avide, pillard, causera la chute des nouvelles institutions. Annexion, départementalisation... tout ceci finira avec la chute de Napoléon. Contrairement à la Hollande, la Rhénanie ou l'Italie ne sont pas des terres proprement révolutionnaires : l'équilibre y est, à des doses plus ou moins fortes, remarquable. La présence française ne sera jamais considérée, sauf par quelques collaborateurs italiens, comme une entreprise de libération, mais bien comme une invasion. Les rhénans et les italiens souffriront de la disjonction entre la rhétorique libératrice, surtout sensible avant la chute de Robespierre et la pratique d'occupation, violente et dévoyée, qui s'accentuera avec le Directoire. Ici comme là, amenée dans les fourgons de l'étranger, artificiellement imposée à des contrées qui ne la désiraient pas, la Révolution ne sera jamais qu'un méfait français de plus. Ces chapitres ont l'intérêt de traiter d'évènements rarement abordés par l'histoire synthétique de la Révolution, qui se concentre souvent sur les éléments intérieurs ou les batailles extérieures, rarement sur la pratique du pouvoir dans les mal-nommées "Républiques Soeurs" (batave, rhénane, cisalpine, romaine, etc...). Solé ne l'indique pas, mais le lecteur présume au vu de cette analyse que ces Révolutions n'auraient jamais eu lieu sans l'attaque française... un peu comme les révolutions d'Europe centrale en 45-48 dépendirent d'abord de l'occupation soviétique et de l'attitude de Staline.

Solé examine ensuite les révolutions d'Europe centrale, notamment la révolte du cosaque Pougatchev qui fit trembler Catherine II. Il les replace dans leur contexte et les oppose aux révolutions occidentales : autour de l'expérience française, ce furent principalement des entreprises issues des Lumières, cherchant un nouvel avenir contre le despotisme. A l'est, elles furent des occasions d'expression de la Réaction à la centralisation croissante des Etats austro-hongrois et russe. Si l'on excepte l'infortunée Pologne, où la révolution menée par les élites après le premier partage fut d'abord un sursaut national, les autres révoltes étaient avant tout dirigées vers un passé idéalisé qu'elles cherchaient à restaurer. Différence majeure qui marque une césure entre la Révolution française et les révoltes d'Europe centrale et orientale.
180px-Pugachyov.jpg Pougatchev

Enfin, et ce sont là les meilleurs chapitres de l'ouvrage, Solé examine les expériences de la Grande-Bretagne, d'Haïti et de la Nouvelle-Espagne. L'histoire britannique est marquée par la Glorieuse Révolution de 1688. Les problématiques n'y sont déjà plus celles de la France : une agitation démocratique (Thomas Paine) cherchant l'extension du suffrage et de la légitimité des Chambres se voit vite relayer par des mouvements de contestation sociale ouvriers. Les thématiques luddites et le socialisme d'Owen qui marqueront l'entrée des artisans dans la Révolution Industrielle sont déjà sous-jacentes : à l'inverse de toutes les autres expériences de l'époque, la contestation - car de Révolution il n'y a pas sous le Jeune Pitt et George III - prend un tour nettement économique et politique. Ces expériences sont plus proches de celles que la France connaîtra au XIXe que de la Révolution. La cause irlandaise donnera en sus un tour nationaliste aux expériences britanniques : le Royaume-Uni de ce temps est le laboratoire des luttes à venir. La coexistence de l'expérience française puis napoléonienne ralentira nettement l'expression et la victoire de ces mouvements. Assimilés à des traîtres pro-français, l'extension de leurs idées s'en trouvera ralentie. Ils referont surface pendant une bonne partie du siècle suivant, en Angleterre et ailleurs.

La révolution en Nouvelle-Espagne n'est déjà plus guère dans le cadre chronologique choisi par l'auteur. Néanmoins les prémisses des guerres bolivariennes sont déjà là. Révoltes des créoles contre l'administration despotique espagnole, contestation des ingérences de Madrid en Nouvelle-Grenade, au Pérou ou à La Plata, mais aussi révolution indienne de Tupac Amaru II dans l'actuelle Bolivie, difficile jeu de pouvoir entre colons, espagnols, créoles et indiens. L'invasion française en métropole donnera une belle occasion à la progression de la cause indépendantiste qui finira par s'imposer dans les années 1820. Le principal enseignement de ce chapitre, c'est la relation dynamique entre le despotisme éclairé espagnol, qui se caractérise par une tentative de recentralisation administrative et politique, l'opposition créole, autonomiste, qui se réclame à la fois de l'héritage indien et de celui de l'Espagne catholique, et enfin la prise de conscience indienne, qui prend des formes particulièrement violentes, effrayant les deux autres participants du jeu social.
ToussaintLouverture.jpg Haïtien imitant Napoléon...

Enfin, la moins connue de ces révolutions, qui présente des analogies avec la Nouvelle-Espagne c'est Haïti. D'ailleurs le livre présente Toussaint Louverture en couverture. La situation y est particulièrement complexe : les français révolutionnaires viennent reprendre en main l'île et briser l'esclavage. Ils sont confrontés à des planteurs blancs prêts à vendre l'île aux anglais pour contrer l'abolitionnisme, à des créoles riches qui veulent l'autonomie politique mais sûrement pas la fin de l'esclavage, à des blancs pauvres qui se révoltent contre une éventuelle reconnaissance politique des créoles riches  - rhétorique raciste issue d'un ressentiment économique : ne pas reconnaître l'égalité politique car il y a déjà égalité voire domination économique (on retrouve ça en Afrique du Sud au XIXe) - et évidemment à une masse d'esclaves manipulés par leurs maîtres, blancs ou créoles. A ces derniers, tous promettent l'émancipation, peu l'appliquent... Si on ajoute à cela quelques aventuriers abolitionnistes (Jean-François, Louverture, Dessalines), l'invasion des anglais et des espagnols, le lecteur comprendra toute la richesse de la révolution haïtienne. Je ne tenterai pas de la résumer dans cette note déjà trop longue, mais j'ai vraiment apprécié ce résumé d'une Révolution méconnue.

Je me rends compte que j'ai beaucoup écrit dans ce résumé. Vous pourriez vous dire que le livre est vraiment passionnant. Même pas. En fait, si. Hum. Je ne suis pas clair... Les faits exposés m'étaient pour la plupart inconnus. J'ai donc appris pas mal de choses. Sur le fond, cependant, comme indiqué plus haut, je trouve les chapitres trop déconnectés entre eux. Il n'y a même pas une conclusion pour tenter de dresser un bilan, de rapprocher les situations des différentes Révolutions. Enfin déjà que Solé confond Révolutions, révoltes, agitation, contestation sociale et qu'il ne définit pas les termes, il n'allait pas en plus s'expliquer sur ses choix. C'est de l'histoire très - trop - évènementielle. Enfin, il faut peut-être en passer par là pour approfondir ultérieurement. Je passerais volontiers l'éponge sur ce défaut si le livre n'était pas si mal écrit. Quelle horreur! Les historiens sont rarement des stylistes et j'ai moi-même une écriture très imparfaite. Mais pas à ce point... Solé accumule certaines expressions "celui-ci", "celle-ci" en entrée de phrase (je le fais aussi, mais lui c'est tout le temps, et puis il est prof, c'est pas pareil!) par exemple. Le pire c'est quand il utilise "Le second" ou "le premier" après une accumulation jusqu'à trois fois par pages. J'ai souvent été contraint de m'accrocher et de relire des phrases pour les comprendre... Pourquoi donc certains bouquins d'histoire sont-ils aussi mal écrits?
En résumé : si la période et le thème vous intéresse, le fond est correct, mais faiblement articulé. Par contre, oubliez le plaisir de lecture.
Par Ibarrategui - Publié dans : Histoire
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Mercredi 12 décembre 2007

Retour à l'histoire européenne avec cette biographie. Le chancelier Bismarck apparaît aujourd’hui comme un des mauvais génies de l’histoire européenne. La Prusse, la plus petite des grandes puissances européennes avant son arrivée au pouvoir, s’étendit, se transforma sous sa férule, jusqu’à constituer une menace permanente pour l’équilibre des forces du continent. Les conséquences de l’unification allemande ont eu des ramifications tout le long du XXe siècle et ont, indirectement ou directement, été à l’origine des deux guerres mondiales. Jean-Paul Bled, spécialiste de l’Allemagne, et auteur d’une biographie de Frédéric II, a publié, aux éditions Alvik, cette biographie du chancelier de fer. Ce travail, d’envergure limitée (300 pages) ne cherche pas à retracer le destin de Bismarck. Le lecteur se tournera pour ce faire vers Emil Ludwig ou Lothar Gall. Ici, la jeunesse et les années de formation sont évacuées en quelques pages. Ce qui intéresse l’auteur, c’est la conduite du gouvernement prussien puis allemand entre 1862 et 1890.

 
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Le jeune Bismarck, Junker, héritier des domaines familiaux, devint dans les années 1850 le porte-parole des conservateurs lors des débats à la Diète de Francfort (à l’époque la Confédération germanique, aux liens très lâches, dispose d’une sorte de parlement). Petit à petit, sa notoriété augmenta jusqu’à en faire l’ultime recours du roi de Prusse en cas de crise. Considéré comme trop radical pour gouverner en temps de paix, Bismarck était volontairement éloigné du pouvoir par Frédéric-Guillaume IV. Ce ne fut qu’à l’arrivée de son successeur Guillaume Ier qu’il accèda aux responsabilités gouvernementales. Lors d’une crise entre le roi et les libéraux à propos du budget militaire en 1862, Bismarck est appelé à devenir Ministre-président (équivalent prussien du Premier ministre). Alors qu’il ne disposait d’aucune majorité à la chambre, où les libéraux dominaient, il connaîtra quelques années difficiles où son pouvoir ne tiendra qu’à la confiance de Guillaume Ier. Il faut ici rappeler que la Prusse de l’époque n'était pas une monarchie parlementaire : le chef du gouvernement n'était responsable que devant l’exécutif. Seulement, comme il fallait bien faire passer des lois au parlement, Bismarck sera contraint de louvoyer entre les différents groupes de députés et d’essayer de les attirer à lui. Les conflits diplomatiques internationaux lui donneront la légitimité pour gouverner une chambre à l’origine très rétive.

Malgré les doutes du roi, souvent réservé à propos des initiatives internationales bismarckiennes, le chancelier parvint à atteindre son objectif d’union des États allemands en moins de dix ans. Dans cette perspective, il joua diplomatiquement sur tous les plans : d’abord amadouer la Russie, ensuite neutraliser l’Autriche, puis isoler et vaincre la France. Cette séquence n’était évidemment pas prévue telle quelle par Bismarck en 1862, elle se mit en place au fil des opportunités et des victoires prussiennes, jusqu’à la proclamation de l’Empire Allemand dans la galerie des glaces du Palais de Versailles en 1871. A chaque fois, le Chancelier sut habilement jouer des inimitiés et des erreurs adverses pour greffer à sa cause unitaire une large majorité d’allemands. En 1864, la question des duchés du Schleswig-Holstein donna l’occasion d’étendre la Prusse au nord et de placer l’Autriche dans une position inconfortable sur la scène allemande. Celle-ci finit par aboutir, après moult détours diplomatiques, à la rapide guerre de 1866 et à la défaite habsbourgeoise de Sadowa. L’empire austro-hongrois écarté du destin de l’Allemagne, la Prusse fonda la Confédération d’Allemagne du Nord. Celle-ci, qui ne comprenait pas les quatre Etats du sud (Bade, Wurtemberg, Hesse-Darmstadt et Bavière), n’était encore qu’un prélude à l’unification. Les efforts du chancelier pour se concilier pacifiquement ces quatre États catholiques ayant plus ou moins échoués (extension du Zollverein, négociations,…), il fallut une nouvelle guerre pour entraîner un soutien à la cause allemande unitaire. Bismarck manipula habilement l’opinion française lors de la résolution de la question du trône espagnol et, par la manipulation de la célèbre et laconique dépêche d’Ems, provoqua la déclaration de guerre française. Ayant empêché la France de s’allier avec l’Autriche ou l’Italie, l’Allemagne n’avait qu’un front à gérer. Histoire connue, Sedan, Metz, défaite terrible, disparition de l’empire napoléonien. L’Empire allemand pouvait être fondé.

Ces premières étapes auraient suffi pour placer Bismarck au firmament des hommes d’État allemands. Mais, après la fondation de l’Empire, il restera encore 19 ans aux commandes. Guillaume Ier, déjà vieux (il a 74 ans au moment de la proclamation de Versailles), lui laissa une grande liberté et Bismarck en profita. Trois grandes politiques rythmèrent ces années : la recherche de l’équilibre européen, la puissance allemande ne cherchant plus à s’étendre ; la lutte contre le socialisme, par la création d’une ambitieuse législation sociale ; la lutte contre les catholiques par le biais du kulturkampf.


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Désormais unifiée, l’Allemagne tenta encore pendant quelques années d’étendre sa puissance. Mais rapidement Bismarck se rendit compte que la Russie et l’Angleterre étaient désormais très inquiètes de l’extension rapide de la puissance germanique. Dans ces conditions, impossible d’accroître le poids de la nation au niveau européen. De révisionniste, la puissance allemande devint, jusqu’à l’avènement de Guillaume II, fondamentalement conservatrice. Il s’agissait de préserver la récente unité en empêchant les russes et les français de s’entendre dans le dos de l’Allemagne. Bismarck, conscient du revanchisme de la IIIe République, essaya à la fois de l’isoler et de la pousser vers d’autres horizons – la colonisation – où elle se heurterait nécessairement à un de ses alliés potentiels, l’Angleterre. Ses efforts vers la Russie aboutirent au traité de réassurance, résultat mitigé devant favoriser l’entente de Vienne, de Berlin et de Saint-Petersbourg, condition première de la sécurité allemande. Le problème de la Question d’Orient (l’effondrement progressif de l’Ottoman qu’il fallait ralentir et organiser afin de ne pas déséquilibrer le jeu des grandes puissances) finira par achever cette politique : entre l’Autriche et la Russie, il faudra faire un choix. Ce sera celui de Vienne. Du temps de Bismarck, cependant, l’équilibre est préservé, même si la balance penchait plus vers le sud que vers l’est. L’Italie devint ces années-là l’alliée de l’Allemagne, dressant ainsi un cordon sanitaire autour de la France.

L’essor du socialisme, surtout après la fusion des marxistes et des lassalliens au sein du SPD, fut une des autres inquiétudes du Chancelier de fer. Pour empêcher les ouvriers de faire triompher une cause révolutionnaire, il inventa une législation sociale, contre les avis de la plupart des libéraux et des conservateurs. Dans les années 1880, un système assurantiel, maladie et vieillesse, sera mis en place dans l’espoir de rallier les prolétaires au conservatisme. Cette politique échoua à affaiblir le SPD, mais permit à la fois d’améliorer les conditions de vie des travailleurs allemands et de faire du réformisme une des principales caractéristiques du système social germanique. Les conséquences à terme furent plutôt positives.

Enfin, la lutte contre les catholiques par le biais du kulturkampf s’achèva par contre sur un échec : le parti catholique (Zentrum) en sortit renforcé, les catholiques augmentant leur cohésion et Bismarck en vint presque à s’allier avec eux pour préserver son pouvoir. L’admission des pays du sud, non protestants, au sein de l’empire allemand préjugeait de toute manière mal de la réussite de ce combat.


Après la mort de Guillaume Ier en 1888, puis celle de son fils Frédéric III la même année, Guillaume II accéda au trône. Très rapidement, il s’opposa au Chancelier qu’il finit, en moins de deux ans, par renvoyer. Bismarck entrait dans la légende. Mort quelques années plus tard, il constitua le point de ralliement des différents groupes nationalistes jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale. Mythifié, conquérant, coulé dans le bronze de nombreuses statues, Bismarck devint la référence du nationalisme allemand. Et pourtant, certains aspects de sa politique, sociale ou diplomatique, s’accommodent mal de ce simplisme postérieur. L’échec final et tragique de l’Allemagne à dominer politiquement et militairement l’Europe sonnera le glas du culte bismarckien. Le héros d’hier est maintenant rangé dans la catégorie des souvenirs fâcheux.

 

Autant le dire, ce livre m’a un peu déçu. Non dénué de qualités (synthétique, clair), il est cependant trop court. Il passe en outre sur pas mal d’épisodes personnels du Chancelier. On pourrait même dire que ce n’est pas une biographie de Bismarck mais un récit de l’histoire diplomatique et politique de la Prusse entre 1848 et 1890. Ce n’est évidemment pas inintéressant. Sauf que la quatrième de couverture annonçait autre chose. Tromperie sur la marchandise…  J’avais trouvé son Frédéric II plus pertinent comme première approche d’un pan de l’histoire prussienne ET comme biographie. Ici une partie de l’objectif est manquée. C’est à peine si on devine qui était réellement le Chancelier – sa personnalité de « révolutionnaire blanc » ou de « conservateur rouge » (termes inventés par ses autres biographes) demeure finalement fort énigmatique… Et ce n’est pas ce livre qui aborde ce mystère. Je regrette aussi que l’histoire économique et sociale soit complètement évacuée. C’est logique dans une biographie classique, mais vu que celle-ci ne l’est pas, un petit rappel dans ces domaines n’aurait pas été superflu. Ce livre peut constituer une première approche utile et synthétique pour le néophyte en histoire allemande de la seconde partie du XIXe siècle. Pour les spécialistes ou les connaisseurs, cette lecture est superflue.

Par Ibarrategui - Publié dans : Histoire
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