Qu'est ce?

Biblio-infinie, un micro blog sans prétention aucune (comme le titre l'indique si bien)... et où je commenterai sans compromission ce que je lis! Fonctionne en courant alternatif selon mes disponibilités (je ne commente en fait que quelques lectures, choisies selon des critères complètement aléatoires et variables).

Littérature, histoire, essais, bref des recensions au fil des lectures... Peu de place cependant au buzz  et aux sorties à la mode. Il existe suffisamment de promoteurs dans les médias pour que je n'agglutine pas ma voix au concert des épiciers.

Place aux avis d'un citoyen aspirant "honnête homme" (c'est moi!), pur produit de notre beau système universitaire français qui fonctionne si bien, que le monde entier nous envie, qui forme tant de grands esprits et tout, et tout, et tout...

Bonne lecture!
Vendredi 30 novembre 2007
On continue avec un rythme effréné de recensions! Je crois avoir trouvé le meilleur moyen de rédiger ces petits billets. Il m'aura fallu un an et demi. C'est toujours mieux que rien. En relisant vaguement ce que j'ai déjà fait, je me rends compte que j'oscille entre un style scolaire invertébré et un style compilateur sans avis... Va falloir sérieusement définir ce que je veux faire ici, maintenant que je sais comment me motiver! Bon, concernant le livre d'aujourd'hui, Philippe Nemo, professeur de philosophie, s'attaque ici à une des problématiques les plus intéressantes de l'histoire globale : qu'est-ce que l'occident? Comment le définir? Quelles sont ses caractéristiques? Ses limites? Ses spécificités? Ce petit livre (130 pages) ne cherche pas à développer une thèse originale mais synthétise une définition possible de l'Occident.


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Selon Nemo, les nations d'Europe occidentale ont connu cinq grandes révolutions, cinq étapes qui ont marqué leur évolution et ont fait d'elles les composantes d'une entité spécifique au regard des autres régions du monde. Ce sont ces cinq apports qui permirent le "miracle" qui transforma la péninsule du vaste continent asiatique en modèle dominant la planète et la modelant au gré de ses conquêtes.

Très classiquement, Nemo d'abord met en exergue la Grèce. Ses inventions, la Cité (il reprend ici les caractéristiques dévoilées par JP Vernant, à savoir : souveraineté collective, espace public de débat, rôle de la raison, égalité, religion civique, invention du politique), la science, l'école et l'égalité - isonomie - des citoyens transforment violemment le rapport de l'homme au monde. De vertical, celui-ci devient horizontal.

Ensuite, l'apport du droit romain, qui invente la stricte délimitation des patrimoines et des individus, constitue une deuxième révolution. La Cité était un gouvernement des égaux, indifférenciés. Rome distingue les individus et formalise l'apparition de l'ego, source future de l'humanisme et de l'individualisme moderne.
Troisième révolution : l'eschatologie chrétienne et plus largement biblique, qui induit une rébellion contre la normalité du mal, une lutte qu'elle voit éternelle contre lui, une distinction vertu/pêchés que ne mettait pas en avant les cultes païens. L'individu et la société doivent désormais tendre vers leur transformation, leur amélioration. C'est la création d'un temps historique pour l'humain. L'apparition du progrès (et des premières oppositions millénaristes-révolutionnaires contre réformistes)
Avant-dernière étape, moins connue, la révolution papale grégorienne (et post grégorienne, Grégoire VII ayant politiquement et conjoncturellement plutôt échoué, mais ses idées lui survivront) au XIes et XIIes siècles. Revenant sur l'apathie contemplatrice dérivée de l'augustinisme politique, le grégorisme réintroduit l'Eglise dans le monde temporel. Eléments fondamentaux de la parousie papale? La reprise en main d'une organisation religieuse passablement décatie et corrompue, la création des universités (au premier rang desquelles Bologne, Paris et Oxford), la formation de prêtres, la lutte contre le pouvoir temporel et enfin l'idée, nouvelle, selon laquelle l'homme peut se racheter de ses mauvaises actions par des bonnes (qui aboutira à la cration du purgatoire). Son ampleur préfigurera celle du luthérianisme quatre siècles plus tard.
Enfin dernière révolution, plus évidente, l'invention du libéralisme intellectuel, politique et économique. Les sociétés occidentales deviendront pluralistes, cherchant là le meilleur moyen d'organisation possible et permettant de ce fait le progrès des idées, des sciences et des arts.

Voilà, rapidement résumé, ce qui constitue l'occident aux yeux de Nemo. De ces caractéristiques, l'auteur tire une double conclusion. La première, la formule élaborée par l'occident, désormais universalisée, ne peut pas être remise en cause, car elle a constitué un saut évolutionnaire réel et complet pour l'espèce humaine - au niveau scientifique comme au niveau sociétal. La transformation est trop forte pour être effaçable ou oubliable. La seconde, c'est que les pays qui ont partagé ces cinq révolutions (l'Europe de l'ouest, la scandinavie, le monde germanique, les îles britanniques, et leurs dérivés américain, canadien, australien et néo-zélandais) forment une civilisation à part entière - avec plus de points communs que de différences - ; ils doivent reconnaître cette identité et les différences qu'elle entraîne avec le monde proche et lointain, et fonder une confédération occidentale. Là je trouve le propos plus conjoncturel et moins convaincant...



En conclusion, un livre qui ne s'interroge pas sur le "pourquoi" (pour cela voir Cosandey, Diamond ou Baechler) mais sur le "quoi". Les critères choisis me paraissent pertinents, mais la brieveté regrettable de l'ouvrage, malgré son appareil critique consistant, empêche une pleine adhésion. Aux partisans d'un Occident défini par son positionnement géographique, ses ethnies, ses croyances, Nemo oppose un Occident de la Raison, un Occident des idées, issu du long mouvement des sociétés. N'est-ce pas trop déconnecté de l'économie? de la géographie? de l'histoire? de la sociologie? Si l'on reprend Cosandey (une lecture croisée aurait pu être envisagée si Nemo avait été plus ambitieux), les erreurs traditionnelles dans l'analyse des raisons de la spécificité européenne sont les lectures religieuse, ethnique, culturelle, climatique et contingente. Nemo voit dans la religion, la culture et même le hasard des facteurs d'explication. En fait, les deux auteurs se situent à deux degrés différents : Cosandey cherche l'origine absolue, scientifiquement démontrable, du développement plus important connu par l'Europe. Nemo ne cherche qu'à rendre compte de ce qu'est, pour lui, l'occident. Les raisons de ce développement occidental, Nemo n'a pas cherché à les dégager. En tout cas il a vu les grandes lignes de convergence entre les sociétés européennes et leurs héritières. Se pose alors la question de la légitimité de la notion d'occident. En avons nous besoin? Pourquoi? Ceux qui liront Nemo en devineront bien les raisons dans les notes de bas de page... et selon leurs convictions, suivront l'auteur ou le négligeront.

Une petite introduction à la question de l'occident et du miracle européen, qui pose néanmoins des jalons pour un approfondissement ultérieur.
Par Ibarrategui - Publié dans : Essais
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Mercredi 28 novembre 2007
Je vais tenter quelque chose que je n'ai pas osé faire pour Guerre et paix de Tolstoï, lu et non chroniqué, essayer de parler d'un chef d'oeuvre de la littérature. C'est un exercice difficile, car il a fait l'objet de nombreuses recensions, de thèses, bien plus abouties que ma petite bafouille rédigée hâtivement, la seule chose dont je sois capable. Mais enfin, j'essaie. Après tout...


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Plongée dans la psychologie tourmentée d'un criminel, Crime et châtiment est un de ces romans que l'on ne présente plus. Un classique. Un monument. Un de ceux qu'il faut avoir lu une fois dans sa vie. Le chef d'oeuvre de Fédor Dostoïevski, un des maîtres russes du XIXe siècle. L'histoire est simple : Rodion Raskolnikov, un étudiant, élabore une théorie de la justification du crime, seul, dans sa misérable chambre de Saint-Petersbourg. Voit dans l'humanité deux types d'êtres : les moutons et les bergers. Les hommes et les surhommes. Ceux qui vivent et ceux qui disposent de la vie des autres. Les génies n'ont ils pas construit le monde par le sang et le feu? Napoléon, révéré après sa mort, n'était il pas un criminel? De Toulon à Arcole, d'Austerlitz à Borodoino, son élévation au-dessus de la masse est une longue litanie de morts et de souffrances...

De cette nietzschéenne réflexion, Raskolnikov tire une conclusion : que vaut le meurtre d'une méchante usurière, bête, laide, inutile, si il permet le salut financier de son assassin et de son entourage? Ne faut-il pas à un moment, s'extraire de la masse des hommes de faible volonté et changer le monde, par le crime si c'est nécessaire? Sa pensée brouillée par cette obsession, Raskolnikov ne peut résister à la conclusion logique qu'il en tire.
Il ira assassiner la vieille usurière et sa soeur, qui l'avait surpris. En commettant ce crime, Raskolnikov va plonger. Se tuer. Détruire l'être qu'il était. Ce qu'il a commis, malgré ses belles constructions rationnelles justificatrices, il va finir par le payer. Déjà, il assassine l'innocente soeur (dans toutes les acceptations du terme "innocente"), premier écueil. Ensuite, il s'évanouit lors d'une visite de routine au commissariat, malade, alors même que les policiers parlaient de ce double meurtre. Eveillant les soupçons du subtil juge d'instruction Porphyre, Raskolnikov emprunte une voie qu'on devine sans retour. Il oscille ainsi entre l'abattement, le besoin de se dénoncer et l'euphorie, le désir de s'échapper, entre les conséquences morales et physiques (il est malade tout le livre) de son acte et la nécessité d'assumer la portée intellectuelle et logique de son raisonnement. Car s'il ne supporte pas le fait d'avoir tué, c'est alors qu'il n'est pas un surhomme, comme il finit par le deviner aux deux tiers du livre. Napoléon eût-il hésité? S'en serait-il voulu? D'ailleurs, Dostoievski qui introduit la réflexion et la philosophie par l'intermédiaire des dialogues, de la pensée à voix haute, livre un des plus beaux interrogatoires de la littérature lorsque peu à peu Raskolnikov dévoile son jeu au juge Porphyre et finit presque par se dénoncer. Un des grands morceaux du livre.

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La contradiction que rencontre Raskolnikov entre une identité chrétienne - tu ne tueras point - et cette philosophie de la puissance trouve finalement sa résolution par l'échec de cette dernière. "Ecraser un pou" en assassinant un de ces "moutons bêlants" n'est pas sans conséquence. Comme le montre le juge d'instruction, la solution choisie par Raskolnikov est sans issue. Et le roman n'est pas sans écho pour un homme du XXIe siècle, qui sait à quoi la philosophie du surhomme a pu aboutir historiquement. Raskolnikov finira par accepter son châtiment et, dans un épilogue peut-être superflu, y trouver sa rédemption. Cependant, Crime et Châtiment, ce n'est pas qu'un crime, un roman policier inversé (puisqu'on connaît le crime, l'assassin et ses motivations dès le début). C'est aussi
la peinture sordide d'un Saint-Pétersbourg des ivrognes et des miséreux. La famille Marmeladov, avec son alcoolique, sa prostituée, ses enfants misérables, ne déparerait pas dans Zola. Le pathétique est prégnant et donne lieu parfois à des scènes particulièrement marquantes : terrible mort du fonctionnaire Marmeladov puis de son épouse...
Dans le roman, on devine aussi une critique du socialisme naissant, caricaturé violemment par le personnage de Lebtzniakov, un idiot, semi-cultivé qui gobe tout ce qu'il lit et applique bêtement, jusqu'à la contradiction, les principes qu'il croit avoir saisi (sa défense, mais peut-on parler d'une défense, de la prostituée Sonia, est comique).
A toutes les idéologies nées à l'ouest (socialisme, matérialisme, philosophie préfigurant Nietzche), Dostoievski oppose l'idée de la rédemption et le mysticisme. Très chrétien tout ça.


Même si j'ai eu des difficultés à entrer dans le sujet (je n'avais pas forcément l'esprit à lire ce genre de choses), j'ai trouvé les cent premières pages et les deux cents dernières admirables : Dostoievski opère par pics d'intensité, on sent là le feuilletoniste, et fait monter la tension progressivement à plusieurs reprises. Parfois la machine tourne cependant un peu à vide... notamment entre la 150e et la 300e page. Mais la suite vaut vraiment la peine. Je ne me suis aps accroché pour rien!
Je me rends compte, malgré mes efforts, qu'il m'est impossible de résumer en quelques lignes la puissance de ce livre : un seul conseil, le lire.
Par Ibarrategui - Publié dans : Classiques étrangers
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Lundi 26 novembre 2007
Chaque lecteur possède en son for intérieur un panthéon et un enfer, des lieux où il élève ou rabaisse en toute liberté tel et tel écrivain. Un tel haïra ce qu'un autre révèrera. Je suis par exemple un lecteur passionné de Joseph Conrad, que je tiens comme un des maîtres du roman moderne, un adorateur de Selma Lägerlof et de la magie qu'elle distilla dans ses romans, un grand admirateur de Saramago, de Borges ou de Tolstoï. Par contre, pas moyen de me faire rentrer dans les romans d'Emile Zola, impossible de supporter la prose d'Angot, incapacité complète de lire sans m'endormir les "romans" de KS.Robinson. Nous avons des goûts qui parfois ont peu à voir avec la respectabilité supposée des auteurs. Certains livres ont été écrits pour nous, quelques pages, parfois quelques lignes suffisent. Le coeur est touché. La conscience s'élève. L'émotion saisit. D'autres ouvrages n'ont visiblement rien à faire dans notre bibliothèque : affliction, ennui, répulsion,...
Le petit voyage au coeur des goûts littéraires d'un individu, à fortiori académicien, écrivain et critique, Dominique Fernandez, amoureux de l'Italie nous le propose ici.


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Première remarque, si c'est là le livre d'un adacémicien français, nul académisme pesant ici, pas de théories illisibles, pleines de labilité et d'intertextualité. Seul compte le plaisir de l'amateur... et quand même, quelques réflexions supplémentaires sur l'art du roman et de la fiction. Un peu comme Charles Danzig, et son dictionnaire fort subjectif de la littérature française, Fernandez ne fait pas oeuvre de systématisme, de neutralité et d'exhaustivité. Dès les premières pages, on comprend que le critique ne partage guère les modes et les idées des doctrinaires de la littérature contemporaine. Opposé radicalement à la littérature égotiste et narcissique qui emplit les rayons des librairies françaises depuis des années, il cherche ici à nous guider parmi les auteurs et les romans qui comptent à ses yeux. Contre une littérature asphyxiée, celle de Borges et de Valéry, contre une littérature de l'autofiction, celle d'Angot et de Beigbeder, Fernandez trace un chemin dans l'immense champ de la littérature française, européenne et mondiale.

L'ouvrage se partage en deux parties: la première, centrée sur la conception fernandezienne de la fiction, la seconde traitant, dans des chapitres de taille inégale, des auteurs qui ont retenu l'attention du critique. Selon lui, la littérature qui compte - et qui a été injustement jetée aux oubliettes - est celle des conteurs, de ceux qui créent d'après les potentialités de leur personnalité des personnages crédibles. Une littérature riche, vivante, animée, pleine d'action et d'aventures, dans laquelle le lecteur trouve à la fois la patte de l'auteur et des réponses à ses propres interrogations. A celle-ci s'oppose une littérature fermée, égoïste, arc-boutée sur ses contraintes stylistiques, agonisante à force de ne plus se concentrer que sur sa propre forme. En bref, Stendhal ou Flaubert! La vie, riche de toutes les possibilités de l'être, pleine des aventures potentielles des destinées de chacun contre le désert stérile et mortifère des auteurs de la modernité.


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Stendhal ou Flaubert?
Fernandez a choisi le moins moustachu des deux!


Je schématise. Fernandez est plus fin que moi. Il dispose de plsu de place, de plus de temps. Mais en substance, il oppose la recherche de la fiction romanesque d'un Tolstoï, d'un Stevenson, d'un Conrad à l'égocentrisme de Proust, au formalisme de Flaubert, aux recherches formelles du nouveau roman (rarement évoqué, mais présent en filigrane). Réhabiliter Dumas, ressuciter Dickens aux dépens de Faulkner ou de Joyce, voilà l'un des objectifs du livre. La liste des auteurs évoqués est longue, mais je voudrais quand même remercier Fernandez d'avoir su en quelques pages parler si bien d'Herman Melville, de Daniel Defoe et de Martin du Gard... Surprenante évocation également de Maurice Dekobra, de Gustave Aimard et d'Erskine Caldwell, pour le moins oubliés de nos jours.

Je m'étonne même d'ailleurs qu'il n'ait ressorti d'autres auteurs français complètement oubliés, dont le XIXe siècle est rempli (Ernest Capendu par exemple, qui n'a même pas l'honneur d'être wikipédié, sûrement un oubli des listeurs professionnels...)

Le lecteur s'irritera parfois des oukases de Dominique Fernandez, de son rejet de tel ou tel. Mais l'objectif de ce livre est ailleurs : faire partager, dans une seconde partie plus importante que la première, les auteurs à découvrir ou redécouvrir. Ces auteurs que Fernandez a aimé. Certains se voient gratifiés d'un chapitre très long, d'une analyse plus poussée (Stendhal, Simenon ou Kundera), d'autres sont simplement sortis de l'oubli en quelques pages (Aimard, Istrati, Perutz), d'autres enfin ne sont mis en exergue que pour l'exposé des limites de leur oeuvre (Larbaud, Gide et en moindre mesure Thomas Mann).

Ce parcours éminemment subjectif et partial n'a d'autre vocation que de faire découvrir et redécouvrir, au-delà des théories littéraires, des écrivains marquants et qui méritent le détour du lecteur. J'ai trouvé l'entreprise plutôt réussie, même si un soupçon d'homogénéité supplémentaire dans les présentations n'aurait pas été une si mauvaise idée. Je n'entrerai pas dans le débat de savoir si certains écrivains sont injustement traités ici. Après tout, ce n'est qu'un guide partiel et partial, pas une encyclopédie (je continuerai à apprécier Borges quand même!). J'ai donc apprécié l'entreprise à sa juste valeur, comme le témoignage des goûts littéraires d'un critique et romancier. Rien de plus. Rien de moins. 
Par Ibarrategui - Publié dans : Essais
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Lundi 19 novembre 2007
Robert Louis Stevenson, qui n'a strictement aucun rapport avec cette recension, écrivant à un jeune homme désireux de se lancer dans la carrière des lettres, évoqua le caractère stupéfiant et abrutissant du travail. Et la difficulté pour tout un chacun de lui résister et de conserver suffisamment d'énergie physique et mentale pour réaliser ce qui compte vraiment au fond. Je ne suis pas encore assommé par le travail, mais parfois je m'en approche. Cependant, je garde chevillée au coeur la foi en la capacité rédemptrice de l'activité intellectuelle, quelle qu'elle soit. Et je ne m'agenouillerai pas devant les exigences robotisées de ma profession. Conscience professionnelle certes, mais conscience avant tout. Conscience des aspirations qui sont miennes et qui me portent à développer ma curiosité dans de nombreux domaines. Evidemment, ce n'est que la vaine résistance d'un autodidacte qui trouve dans la connaissance et la curiosité les moyens de pallier l'incroyable désintérêt qu'il éprouve envers des pans entiers de sa vie... Hum! Tout cela ne concerne guère l'éventuel lecteur. Ce site n'est pas un skyblog, donc revenons au sujet, un opuscule péniblement lu début octobre.

Umberto Eco raconta un jour qu'il s'était rendu compte d'une chose étrange. Dès que quelqu'un plaçait l'assassinat de Kennedy et les Templiers dans une explication historique, il s'agissait d'une théorie du complot, synonyme de paranoïa et de fonctionnement cérébral pathologique. L'essor d'internet a démocratisé ce genre d'approches depuis quelques années. Entre les lignées d'ADN lézard de David Icke, les délires de Thierry Meyssan, le trésor de Rennes-le-château, la trilatérale, les skull & bones, le champ d'exploration de tout apprenti découvreur de complot est vaste et fertile.



Pourtant prometteur,...

Cette mode, que X-Files avant-hier ou Dan Brown hier exploitèrent, méritait bien une analyse poussée de ses ressorts sociaux, psychologiques et politiques. Véronique Campion-Vincent, auteur d'ouvrages sur les légendes urbaines s'est essayée à pousser la porte du monde fascinant de la paranoïa individuelle et surtout collective...

Et c'est raté. Dommage. Car le projet aurait vraiment pu être passionnant. En 150 pages, avec de nombreuses références à internet, beaucoup d'exemples mais très peu d'analyses, je suis resté sur ma faim. Les délires de David Icke ou la réfutation de la légende de l'abbé Saunières sont les meilleurs passages d'un livre qui en compte peu. Car ils n'éclairent que fugacement un bien terne paysage. Là où on aurait voulu mieux comprendre les mécanismes d'apparition, de développement et de disparition de ces mythologies contemporaines, l'auteur se complait dans la compilation des différentes théories. Citant d'abondantes sources du réseau mondial, elle les collationne telle un wikipédiste amateur. Parfois, quelques traits saillants, quelques pistes de compréhension entr'aperçues, mais le plus souvent une morne description des plus connus des complots.

Une monographie sur ce thème se devait d'aborder les quelques exemples les plus marquants, mais également de les expliquer, voire de les décortiquer jusqu'à ce que leurs ressorts cachés apparaissent au lecteur. Le ton hésite sans cesse entre ironie moqueuse et admiration à peine dissimulée : la capacité imaginative de certains découvreurs-inventeurs de complots est certes admirable, mais elle ne révèle rien ni des mécanismes qui irriguent leurs théories, ni du terreau dans lequel celles-ci se développent. Le défaut de ce livre est probablement son manque d'esprit critique envers certaines théories du complot. Ne pas mépriser son sujet d'étude est une chose, lui complaire en est un autre...

Au niveau analyse, Véronique Campion-Vincent estime que l'hyper scientifisation de notre société appelle le retour à une causalité totale et mystérieuse des ressorts de notre existence, aux limites de la foi, qui permette à l'individu de se réapproprier son rapport au monde. Thématique déjà abordée dans son ouvrage sur les légendes urbaines, bien plus intéressant. Seulement, de ce qui aurait pu constituer le coeur d'une analyse poussée et acérée, elle ne fait qu'une banale conclusion peu etayée. Le caractère mini-encyclopédie des savoirs option "complot" de ce petit livre ne mérite pas qu'on s'y arrête plus d'une soirée. Le plus intéressant peut-être se situe dans les sources, qui permettront au lecteur intéressé de naviguer au plus près des psychoses collectives contemporaines, sans malheureusement disposer des clés d'entrée pour les comprendre et les analyser.

Véronique Campion-Vincent n'a cherché qu'à décrire. Seulement, dans cet exercice, c'est beaucoup trop court. Si je voulais être mauvaise langue, je dirais cependant qu'au vu de la portée et la profondeur de ses analyses, c'est déjà trop long.

Dommage, car son livre sur les légendes urbaines valait un petit détour. Essai manqué!
Par Ibarrategui - Publié dans : Essais
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Jeudi 8 novembre 2007

Ce qu'il y a de bien quand un personnage public effectue sa traversée du désert, c'est que vous pouvez plus facilement le rencontrer. Un ancien Premier ministre, issu d'un vieux pays, était de passage à Lyon en même temps que moi. Rencontre au sommet entre un has been et un never been... Si certains se sont senti autorisés à lui donner une carte de visite ou de lui demander un piston pour l'ONU, je suis resté sobre. J'ai évidemment placé "mon métier n'est pas une vocation". Enfin ça, tout le monde le sait déjà.





Au passage, un des membres de son staff, enfin un staff, je suis gentil, il a deux personnes avec lui, les seuls rats à n'avoir pu quitter le navire, a avoué au passage:
"[Pour lui], la situation est sombre, et elle s'assombrit de jour en jour"
Désarmant de naïveté et pessimiste en diable le garçon. L'autre par contre espérait un retour rapide dans l'arène. Comme membre éminent de l'opposition à Sarkozy? Je me demande bien si quelqu'un y croit.
J'aurais du lui demander si Clearstream était plus proche de l'île d'Elbe ou de Waterloo d'ailleurs. En tout cas, un livre que je n'aurais même pas acheté - je n'apprécie guère Napoléon - si je n'avais pas eu l'occasion de le rencontrer. C'est pas grand chose... mais c'est toujours mieux que les glandus de Bouseville-sur-Sommoise!
Par Ibarrategui - Publié dans : Actualité
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