L’histoire fut longtemps racontée par des chroniqueurs, puis par des spécialistes privilégiant le fait brut, la litanie des règnes, scandée par les évènements, les drames, les intrigues, les guerres et les batailles. Ce qui importait alors était moins de savoir comment fonctionnait la société que de savoir qui la dirigeait politiquement et constitutionnellement. Les critiques de cette forme de récits historiques leur donnèrent le nom péjoratif « d’histoire-bataille ». Celle-ci s’organisait sur un récit sans recul critique ou théorique, mais également dans un oubli quasi-général des conditions économiques et sociétales qui constituaient la réalité du temps. Adolphe Thiers, François Guizot, ou, plus près de nous, René Grousset, se limitaient le plus souvent à une étude des intrigues de cour et des guerres. Ce genre se voyait couronné par l’exercice de la biographie des grands hommes, souvent inapte à expliquer leur légitimité, leurs moyens, leurs soutiens autrement que par des critères personnalistes – comme le charisme, ou l’autorité.
L’école des Annales, Marc Bloch, Lucien Febvre, leurs successeurs, au premier rang duquel se distinguèrent Fernand Braudel et Georges Duby, remirent au cœur de l’analyse historique les faits sous-jacents, les mutations socio-économiques, voire environnementales qui pouvaient compléter, et même supplanter les anciennes manières de faire de l’histoire. Ce courant est celui d’Yves Renouard (1908-1965), ancien normalien, agrégé d’histoire et détenteur de la chaire d’histoire économique de la Sorbonne dans les années 50 et 60. Ses travaux portèrent principalement sur les compagnies bancaires médiévales. Lorsque les PUF, lui demandèrent, à lui l’ancien professeur d’histoire à l’Institut français de Florence, de rédiger l’histoire de cette ville, Renouard le fit dans la perspective de son temps : marxiste, économidôlatre, incapable d’explique les ressorts symboliques, culturels, politiques qui pouvaient mobiliser une société. Ces défauts ne rendaient pas rédhibitoires ses travaux sur les banques florentines, par contre, ils rendent inintéressante cette pseudo-synthèse mal écrite de l’histoire de Florence.
Oui c'est Firenze!
Dante ? à peine évoqué. Boccace ? un écrivain bourgeois représentant les aspirations culturelles des milieux d’affaires florentins. Michel-Ange ? Léonard de Vinci ? Giotto ? Donatello ? des employés de l’industrie bancaire florentine. Savonarole ? un mystique jouant sur la superstition populaire et prolétaire contre les bourgeois… L’histoire de Florence débarrassée de ses oripeaux culturels prend la forme d’une analyse marxisante, datée, incomplète et finalement hors-sujet. Les banques expliquent tout ! Certes, la puissance de Florence vint de son industrie. Certes, ses financiers furent les plus importants d’Europe durant trois siècles. Certes, les Médicis construisirent leur succès et leur élévation au rang de dynastie grâce à leurs banques. Mais cette structure économique explique-t-elle à elle seule l’irruption en quelques décennies de la plus formidable floraison intellectuelle de la Renaissance - voire de l'histoire? Elle en définit les conditions d'apparition, non les raisons profondes. La puissance des bourgeois a-t-elle un lien avec le mysticisme florentin, particulièrement fort, dont Savonarole sera la plus importante figure ? Renouard ne l’explique pas, ne se pose pas la question, puisque de toute manière l’histoire peut être résumée en un combat entre les nobles et les bourgeois pour le pouvoir, elle peut être réduite à la réalisation de l’aspiration des épiciers à s’élever dans la société, elle doit se restreindre à une bataille perdue d’avance du prolétariat… Un livre d’une centaine de pages, qui se doit d’être une synthèse, peut-il traiter en détail du fonctionnement des banques florentines durant quinze pages d’affilée, pour ne même pas parler de Dante et de Machiavel ?
L'important, c'est la banque!
Bref, une « histoire » dépassée, un des rebuts d’une période marxisante et finalement limitée de l’explication historique. L’histoire des Annales a beaucoup apporté. Mais elle possède des défauts qui ont permis son dépassement progressif, dont on ne peut aujourd’hui que se féliciter. Le public, étudiant ou non, intéressé par tous les aspects de l’histoire florentine, économiques, sociaux, culturels, urbains, architecturaux, etc… se détournera sans regret de ce petit opus vieilli et à côté de son sujet.
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L'Empereur François-Joseph en prend pour son grade, comme toute la société austro-hongroise...
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