Qu'est ce?

Biblio-infinie, un micro blog sans prétention aucune (comme le titre l'indique si bien)... et où je commenterai sans compromission ce que je lis! Fonctionne en courant alternatif selon mes disponibilités (je ne commente en fait que quelques lectures, choisies selon des critères complètement aléatoires et variables).

Littérature, histoire, essais, bref des recensions au fil des lectures... Peu de place cependant au buzz  et aux sorties à la mode. Il existe suffisamment de promoteurs dans les médias pour que je n'agglutine pas ma voix au concert des épiciers.

Place aux avis d'un citoyen aspirant "honnête homme" (c'est moi!), pur produit de notre beau système universitaire français qui fonctionne si bien, que le monde entier nous envie, qui forme tant de grands esprits et tout, et tout, et tout...

Bonne lecture!
Dimanche 25 février 2007

L’histoire fut longtemps racontée par des chroniqueurs, puis par des spécialistes privilégiant le fait brut, la litanie des règnes, scandée par les évènements, les drames, les intrigues, les guerres et les batailles. Ce qui importait alors était moins de savoir comment fonctionnait la société que de savoir qui la dirigeait politiquement et constitutionnellement. Les critiques de cette forme de récits historiques leur donnèrent le nom péjoratif « d’histoire-bataille ». Celle-ci s’organisait sur un récit sans recul critique ou théorique, mais également dans un oubli quasi-général des conditions économiques et sociétales qui constituaient la réalité du temps. Adolphe Thiers, François Guizot, ou, plus près de nous, René Grousset, se limitaient le plus souvent à une étude des intrigues de cour et des guerres. Ce genre se voyait couronné par l’exercice de la biographie des grands hommes, souvent inapte à expliquer leur légitimité, leurs moyens, leurs soutiens autrement que par des critères personnalistes – comme le charisme, ou l’autorité.


L’école des Annales, Marc Bloch, Lucien Febvre, leurs successeurs, au premier rang duquel se distinguèrent Fernand Braudel et Georges Duby, remirent au cœur de l’analyse historique les faits sous-jacents, les mutations socio-économiques, voire environnementales qui pouvaient compléter, et même supplanter les anciennes manières de faire de l’histoire. Ce courant est celui d’Yves Renouard (1908-1965), ancien normalien, agrégé d’histoire et détenteur de la chaire d’histoire économique de la Sorbonne dans les années 50 et 60. Ses travaux portèrent principalement sur les compagnies bancaires médiévales. Lorsque les PUF, lui demandèrent, à lui l’ancien professeur d’histoire à l’Institut français de Florence, de rédiger l’histoire de cette ville, Renouard le fit dans la perspective de son temps : marxiste, économidôlatre, incapable d’explique les ressorts symboliques, culturels, politiques qui pouvaient mobiliser une société. Ces défauts ne rendaient pas rédhibitoires ses travaux sur les banques florentines, par contre, ils rendent inintéressante cette pseudo-synthèse mal écrite de l’histoire de Florence.


Oui c'est Firenze!


Dante ? à peine évoqué. Boccace ? un écrivain bourgeois représentant les aspirations culturelles des milieux d’affaires florentins. Michel-Ange ? Léonard de Vinci ? Giotto ? Donatello ? des employés de l’industrie bancaire florentine. Savonarole ? un mystique jouant sur la superstition populaire et prolétaire contre les bourgeois… L’histoire de Florence débarrassée de ses oripeaux culturels prend la forme d’une analyse marxisante, datée, incomplète et finalement hors-sujet. Les banques expliquent tout ! Certes, la puissance de Florence vint de son industrie. Certes, ses financiers furent les plus importants d’Europe durant trois siècles. Certes, les Médicis construisirent leur succès et leur élévation au rang de dynastie grâce à leurs banques. Mais cette structure économique explique-t-elle à elle seule l’irruption en quelques décennies de la plus formidable floraison intellectuelle de la Renaissance - voire de l'histoire? Elle en définit les conditions d'apparition, non les raisons profondes. La  puissance des bourgeois a-t-elle un lien avec le mysticisme florentin, particulièrement fort, dont Savonarole sera la plus importante figure ? Renouard ne l’explique pas, ne se pose pas la question, puisque de toute manière l’histoire peut être résumée en un combat entre les nobles et les bourgeois pour le pouvoir, elle peut être réduite à la réalisation de l’aspiration des épiciers à s’élever dans la société, elle doit se restreindre à une bataille perdue d’avance du prolétariat… Un livre d’une centaine de pages, qui se doit d’être une synthèse, peut-il traiter en détail du fonctionnement des banques florentines durant quinze pages d’affilée, pour ne même pas parler de Dante et de Machiavel ?


 

L'important, c'est la banque!


Bref, une « histoire » dépassée, un des rebuts d’une période marxisante et finalement limitée de l’explication historique. L’histoire des Annales a beaucoup apporté. Mais elle possède des défauts qui ont permis son dépassement progressif, dont on ne peut aujourd’hui que se féliciter. Le public, étudiant ou non, intéressé par tous les aspects de l’histoire florentine, économiques, sociaux, culturels, urbains, architecturaux, etc… se détournera sans regret de ce petit opus vieilli et à côté de son sujet.

Par Ibarrategui - Publié dans : Histoire
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Vendredi 16 février 2007
Je vais être en vacances une dizaine de jours, puis en examen professionnel, donc je n'aurais pas trop le temps de lire d'ici le début mars. Néanmoins, j'ai un peu craqué hier dans une librairie - comme d'habitude, et je me dis que je pourrais mettre sur le blog les nouveaux livres achetés (qui de toute manière seront lus un jour ou l'autre)

Emil Cioran, Bréviaire des vaincus, un petit livre, le dernier écrit par Cioran en roumain, dont le style me paraît intéressant... en plus je n'ai jamais lu de bouquin de Cioran, juste des sources de seconde main ou des extraits.
Jean-Pierre Rioux (dir.), Les populismes, un livre de la collection tempus - je dois en avoir plus d'une cinquantaine maintenant - qui rassemble une dizaine de politologues autour de la notion de populisme à travers l'histoire et le monde contemporain.
Woodrow Wilson,  George Washington, biographie/hagiographie de George Washington, écrite par le président Wilson au temps où il était encore professeur d'université. Elle en apprendra peut-être autant sur la psychologie de Wilson que sur Washington lui-même.
Charles Wright Mills, L'imagination sociologique, écrit dans les années 50, est apparemment un livre important de l'histoire de la sociologie, à la recherche d'une voie médiane entre le positivisme et la tentation de la "super-théorie".
Bertrand Badie, Les deux Etats, synthèse des évolutions et différences entre l'Etat à l'occidentale et l'Etat en terre d'islam. Sous-titré "Pouvoir et société en Occident et en terre d'Islam".
Jean-Claude Guillebaud, La force de conviction, dont j'avais lu quelques vagues extraits au moment de sa sortie. Il s'agit d'évaluer un peu ce que ce livre vaut alors que Guillebaud s'intéresse à la question de la croyance dans nos sociétés contemporaines.
Jean Flori, L'Islam et la fin des temps, sous-titré "L'interprétation prophétique des invasions musulmanes dans la chrétienté médiévale", dans la collection (excellente quoique chère) l'univers historique des éditions Seuil. Apparemment, une analyse de la vision occidentale de l'arrivée et des contacts avec les musulmans au moyen-âge et ses conséquences sur les discours et mobilisations collectives.
Sören Kierkegaard, Miettes philosophiques, Le concept de l'angoisse, Traité du désespoir. Depuis un certain temps, j'ai décidé de me remettre un peu à niveau en philosophie et Kierkegaard fait partie des quelques auteurs qui m'intéressent, sans que je me sois particulièrement penché sur eux.
Jean-Pierre Bois, Dumouriez, une petite biographie pour conclure : celle du  vainqueur de Jemmapes et de Valmy, traître à la Révolution, le général Dumouriez. Cela fait quelques mois qu'elle est sortie, mais je n'avais pas encore eu l'occasion de l'acheter.

Sinon, j'ai aussi commandé quelques livres sur internet, mais ils arrivent au compte-gouttes. A savoir une biographie de Theodore Roosevelt par Nathan Miller, une biographie du sénateur Joseph McCarthy, et un livre sur la campagne présidentielle de Barry Goldwater en 1964, ce moment où les républicains se sont emparés du deep south ex-confédéré.

Reste maintenant à les lire!
Par Ibarrategui - Publié dans : Nouvelles Acquisitions
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Lundi 12 février 2007
Changement de style complet avec cette recension. Je quitte les rivages américains et les livres "sérieux" pour parler d'un petit roman, perle anarchiste et satirique, Le brave soldat Chveïk. Jaroslav Hašek (1883-1923) était un anarchiste de Bohême qui vécut les derniers temps de l'empire Habsbourg et son effondrement.Fondateur du Parti du lent progrès dans les limites de la loi, qui caricaturait, avant-guerre, les partis politiques du vieil empire, Hašek vécut de sa plume, dans des conditions parfois difficiles. La plupart de ses expériences se retrouvèrent dans son cycle du soldat Chveik, qu'il n'eut pas le temps d'achever. Ce brave Chveïk vit, à partir de 1914, des aventures comiques qui tranchent singulièrement avec les récits des anciens combattants auxquels nous sommes plus habitués (Remarque, Dorgelès,...). Le premier tome, que je viens d'achever, sans savoir d'ailleurs qu'il en existait d'autres, raconte les deux premières années du conflit. Cela va de la déclaration de guerre de l'Autriche à la Serbie - il faut absolument lire le cours de relations internationales dispensé par Chveik à sa logeuse à ce propos et qui constitue un sommet de l'analyse de haute voltige, digne de nos pires éditorialistes/journalistes/pythies omniscients (au hasard... Alain Minc?) - jusqu'aux premiers mois de 1915, temps de l'hésitation italienne sur sa bélligérance.


" L'Empereur François-Joseph en prend pour son grade, comme toute la société austro-hongroise...

Chveik, donc, est un brave soldat... ou plutôt il essaie de l'être. Car Chveik a un défaut. C'est un imbécile. Une sorte de Sancho Pança qui tire en général des conclusions particulièrement ineptes des situations dans lesquelles il est plongé. Il en profite généralement, comme Sancho Pança, pour utiliser des exemples et des dictons remplis de la sagesse populaire qu'utilisait si bien (si mal?) l'écuyer de Don Quichotte. Cela crée évidemment un décalage avec son environnement, les officiers, les policiers, les prêtres étant presque tous très sérieux et très concernés par leur mission. L'imbécilité de Chveik l'entraîne dans des mésaventures sans fin, de la prison à l'asile en passant par le camp militaire. Il finit toujours par s'en sortir, non par quelques talents cachés, mais bien par son incroyable faculté à user et abuser ceux qui ont pour mission de le garder, de le soigner ou de le punir. Combinard à la petite semaine, ahuri pontifiant, bavard impénitent, Chveik entraîne le lecteur dans les affres du régime policier austro-hongrois. Rien n'échappe à sa bêtise, rien n'échappe à la vindicte satirique de l'auteur : l'armée d'abord, l'église ensuite, la police enfin.


Sa rencontre avec un aumônier militaire signe la fin provisoire de ses mésaventures. Devenu l'ordonnance du plus abominable ivrogne que l'Eglise ait jamais accueilli en son sein, il constitue avec lui une fine équipe d'escrocs lamentables. Ce passage constitue le plus évidemment anarchiste de tous. Le curé, non content de s'enivrer sans cesse, est aussi incapable de dire la messe que vous ou moi. Et c'est ce qui rend ses sermons, ses messes ou son extrême-onction particulièrement ridicules - et drôles. Finalement, Chveik, après quelques aventures minables avec Otto Katz, finit par changer de patron (dans des conditions que je vous laisse découvrir). Et se retrouve aux ordres d'un lieutenant très sérieux, très appliqué... Enfin...Très sérieux, oui, mais avec les femmes et très appliqué à éviter d'être envoyé sur le front. Il suffira à Chveik de quelques jours pour ruiner involontairement la carrière de son patron... tout ça avec le sourire!

L'auteur Jaroslav Hašek

Evidemment, ce livre n'a guère de portée philosophique ou politique. Mais il a un atout non négligeable en cet hiver pénible... il fait rire, distrait aux dépens de la vieille monarchie Habsbourg. Bien sûr,
Hašek tire sur un corbillard. Mais la charge, parfois grossière, n'en reste pas moins jouissive. La douce ironie avec laquelle il décrit l'armée impériale et le rôle des officiers sont ainsi très drôles... comme le reste du livre. Je crois que je ne tarderai pas à acheter la suite!
Par Ibarrategui - Publié dans : Classiques étrangers
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Lundi 5 février 2007
Comme j'ai décidé de relancer ce blog (et que j'ai de nombreuses fiches en stock), j'adopte un nouveau rythme plus en rapport avec la nature même de cet outil. En outre, je fins par trouver son titre un brin pompeux lorsqu'on ne peut y lire qu'une poignée de recensions en presque un an... alors que j'ai lu beaucoup beaucoup plus. Changement de politique donc, avec des recensions littéraires qui se feront peut-être moins fouillées mais avec un plus grand nombre de livres fichés. (en plus je vois mal ce que je pourrais écrire de nouveau et ou d'original sur Don Quichotte ou La Guerre et la Paix...)

Les éditions Fayard - spécialistes des ouvrages historiques - se sont lancés depuis peu dans l'édition de livres d'actualité concernant des pays, à forte tonalité universitaire et pluridisciplinaire. Après la Turquie (direction de Semih Vaner), ils ont récemment publié les Etats-Unis, en collaboration avec Sciences Po Paris et le CERI - le centre de recherches spécialisées en R.I. de l'institution de la rue Saint-Guillaume. Ce panorama de l'Amérique d'aujourd'hui est mené par une vingtaine d'auteurs et ce dans tous les domaines : droit, économie, société, art, démographie, etc...



Le livre est séparé en sept chapitres de taille à peu près équivalente et se veut, selon l'introduction de Denis Lacorne, connu pour ses travaux sur l'identité américaine, un dépassement des clichés ayant court chez nous à propos de l'Etat le plus puissant et le plus controversé de la planète. Premier constat à la lecture de ce livre, les contributions sont bien dans l'esprit Sciences-Po : des synthèses intéressantes, mais très souvent limitées qui ne font que survoler les sujets. Certains articles auraient mérité des approfondissements certains, je pense notamment à l'économie, parent pauvre de ce livre (à peine 80 pages quand la littérature bénéficie de 100 pages). Deuxième constat : l'hétérogénéité scientifique des propos. Certains chapitres sont ardus : la poésie américaine, la globalisation, la politique étrangère ou les propos concernant la cour suprême sont difficiles d'accès pour les non-spécialistes. A contrario, certains chapitres sont très bien conçus et oeuvrent dans le bon sens en effectuant une vulgarisation utile et accessible. C'est le cas des chapitres sur le fédéralisme, les élections américaines, la religion ou l'université.

Cependant, ces quelques réserves ne sauraient atténuer le caractère instructif de cet ouvrage collectif. En six cents pages, le lecteur  français découvre des aspects insoupçonnés ou incompréhensibles à ses yeux, du fonctionnement de la société américaine. Par exemple, le débat sur la discrimination positive et son positionnement, spécifique à l'histoire américaine ne peuvent être compris ici si l'esclavage, la guerre de sécession, la Reconstruction, la ségrégation et la politique des droits civiques ne sont pas rappelés. Et c'est le mérite de ces "Etats-Unis" de rappeler à quel point le débat concernant l'affirmative action se situe dans la résolution pragmatique de la question "raciale" américaine. Le volet immigration / composition ethnique/ discrimination positive / dynamiques urbaines / démographie est ici très complet.

De même la singularité du système politique américain, sa balance des pouvoirs, la prééminence du Sénat, l'essor du conservatisme bénéficient d'explications poussées et synthétiques. Ainsi, on y apprend que l'évolution politique américaine récente conjugue plusieurs aspects. Le parti démocrate connaît une crise de projets depuis que le parti républicain a lancé une révolution conservatrice qui lui a permis de redevenir le parti dominant. Cette révolution conservatrice est issue de la jonction d'une stratégie républicaine visant à s'emparer du sud, du renouveau de la question de la place de l'Etat fédéral, de sa lourde bureaucratie - et de son incapacité à traiter les problèmes de la société américaine -, d'un repli de la Cour suprême d'une position "liberal" (i.e. de gauche) à une position plus conservatrice et d'une guerre des valeurs qui fractionne le pays sur des questions sociétales. Le simplisme français qui consiste parfois à dire que le renouveau intégriste chrétien est à l'origine des maux de l'Amérique doit être révisé au vu de ces différents faits.

L'Amérique de Bush... construction française fantasmatique : une réalité plus vaste


Quelques informations du livre battent en brèche nos préjugés sur l'Amérique : les latinos votent aussi bien pour les républicains que pour les démocrates (leur communauté d'origine joue plus que leur identité latino) ; les communautés ethniques se revendiquent comme telles afin d'accéder aux programmes de discrimination positive, entraînant une multiplication (sans fin) des revendications victimaires dans le champ politique et social... tout en paradoxalement se mélangeant de plus en plus (augmentation des mariages mixtes, alliance des latinos et des asiatiques sur certaines questions,...) ; les politiques de déségrégation scolaire ont entraîné des redistributions urbaines qui ont accentué le clivage entre les zones pauvres et mal en point (exemple : le centre de Detroit) et les nouvelles banlieues fermées et éloignées des centre ville. La raison? Les classes moyennes ont cherché à fuir la promiscuité sociale (exemple type de l'effet pervers) ; la nouvelle religiosité consiste moins en un fanatisme protestant sectaire qu'en le développement concomitant d'un marketing religieux, d'un marché de la foi et d'une religion à la carte, sanctifiée par l'apparition de "Megachurches" plus proches dans les activités qu'elles proposent des Centre commerciaux ou de loisirs que des églises traditionnels ; etc...

Le reproche principal que je ferais à ce livre au demeurant fort intéressant, est inhérent à tout ouvrage collectif et transversal. Il manque une ligne claire et constitue une vision fragmentée, quoique se prétendant complète, de l'actualité des Etats-Unis. Je passe sur l'hétérogénéité des articles, déjà évoquée, pour traiter de celle des tons. En effet, les chapitres vont du très statistique à propos de l'économie et de la démographie au quasi pamphlet de Marc Chénétrier sur la réception de la littérature américaine en France, du très universitaire et théorique de Daniel Sebbagh (discrimination positive) ou de Pierre Hassner (politique étrangère) à la synthèse sans saveur et sans intérêt sur la culture populaire américaine.


Un livre sous l'égide de Sciences Po...

En bref, ce livre a le mérite d'essayer d'expliquer certains aspects méconnus de la vie américaine actuelle. Il y parvient à propos du système politique, véritable terra incognita de l'édition en sciences politiques dans notre pays, à propos de la question ethnique et de la discrimination positive. Je suis beaucoup plus réservé quant à l'apport réél du livre en matière d'économie. Fallait-il également privilégier à ce point la littérature (1 sixième du livre) au détriment des autres manifestations de la culture américaine, et notamment de son volet populaire (musique, cinéma, etc...), cette puissante révolution qui a bouleversé le monde du XXe siècle?

Au final, une synthèse intéressante, mais sans grande unité, trop hétérogène et qui aurait mérité une approche plus systématique. C'est à dire qu'il aurait mieux valu moins d'articles traitant de détails - reprises probables des thèses des participants - et une approche plus complète et sur tous les sujets. Je pense qu'une approche introductive à l'Amérique peut se passer d'une quinzaine de pages sur la poésie ou d'un chapitre sur le New York post 9/11, pour aborder les réalités d'une crise éducative toujours mentionnée, mais jamais expliquée! Néanmoins, à défaut d'autre synthèse de cet acabit sur les Etats-Unis, je suis persuadé que celle-ci saura trouver sa place dans les bibliothèques des étudiants, mais aussi de tous ceux que l'Amérique actuelle ne cesse d'interroger, d'interpeller et de surprendre.
Par Ibarrategui - Publié dans : Actualité
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Jeudi 1 février 2007
Lyndon Baines Johnson présida les Etats-Unis entre 1963 et 1968. Encadré par deux géants aujourd'hui mythifiés, Kennedy (en bien) et Nixon (en mal), Johnson a sombré peu à peu dans l'oubli et il demeure probablement le plus méconnu des présidents récents aux yeux du public français. C'est une des raisons qui ont poussé Jacques Portes, spécialiste des Etats-Unis, à rédiger une courte biographie (300 pages) de l'ancien président. A la fois héraut de la Grande Société et fossoyeur présumé de la jeunesse américaine au Viet-Nam, sénateur combinard du sud et instaurateur des droits civiques, héritier des démocrates conservateurs du deep south et principal responsable de leur disparition, la présidence Johnson, tout comme l'homme lui-même, demeurent difficile à juger. Victime d'un temps marqué par les épreuves (guerre, assassinats politiques, émeutes raciales), il aura néanmoins contribué à mettre en oeuvre une politique sociale plus ou moins efficace et à briser la ségrégation inhérente au Sud - quitte à poignarder son propre camp et à offrir les anciens Etats confédérés sur un plateau au Parti Républicain.



Lyndon Johnson (1908-1973)


Jacques Portes commence par remettre en perspective le destin de Johnson et rappelle son passé. Fils d'un petit politicien texan qui finira par dilapider sa fortune entière dans des investissements hasardeux, Lyndon Johnson ne vient pas de la haute société pétrolière de Houston mais de la ruralité texane profonde. Après un rapide passage à l'université et une année et demi d'enseignement en école primaire à Cotulla, zone peuplée de mexicains, il entra en politique pour ne plus jamais en ressortir. Travailleur acharné, exigeant avec ses collaborateurs, il intègre l'équipe du représentant Richard Kleberg et apprend les ficelles du métier politique. Il saura en user, parfois plus que de rigueur, durant ses trente années de parlementarisme.

L'arrivée de Roosevelt à la Présidence ouvre des opportunités à l'ambitieux texan. Le déclin des républicains - qui durera jusqu'à Nixon, si ce n'est jusqu'à Reagan - donne une large majorité aux démocrates qui gagnent alors de nombreux sièges aux chambres. Comme Kleberg ne s'intéresse guère à ses électeurs, Johnson, son assistant, en profite pour lier des contacts particulièrement utiles pour la suite. En 1937, il saute le pas et se fait élire au Congrès des Etats-Unis. Il y sera un fervent "New Dealer" et gagnera même l'amitié du Président Roosevelt qui le placera à la tête d'une des agences fédérales où Johnson obtiendra d'excellents résultats. Il restera dix ans au Congrès - tout en essayant d'emporter un des deux sièges de Sénateur du Texas en 1941. Son échec a lieu dans des conditions douteuses, des urnes sont retrouvées "par hasard" dans l'après-scrutin et leur dépouillement favorise ses rivaux. Johnson usera de ces mêmes méthodes pour être élu au Sénat en 1948, dans des conditions là aussi douteuses.

Johnson y aura forgé son image de "combinard" qui lui servira à merveille dans les coulisses du Sénat, dont il ne tardera pas à s'emparer. Devenu leader de la majorité démocrate en 1953, il ne tente pas vraiment d'emporter la convention démocrate 56, qui précède une élection qu'il juge perdue d'avance face à Eisenhower. En 1960, malgré de réels efforts, le sémillant JFK l'emporte. Il parvient néanmoins à négocier une place sur le ticket présidentiel, malgré les réticences de Robert Kennedy, qui le déteste.
Robert Kennedy dira d'ailleurs à cette époque à son frère de ne pas prendre ce "vicelard" de Johnson comme vice-président, ce à quoi JFK répondra "je serai le plus jeune président des Etats-Unis, il n'a aucune chance de devenir un jour président". Le destin sera tout autre...
Durant trois ans, Johnson, comme tous les vice-présidents, n'exerce guère de pouvoirs. Kennedy lui confie bien quelques missions, mais cela ne suffit guère à assouvir l'appétit de Johnson.

Johnson prête serment dans l'avion présidentiel le 22 novembre 1963


Suite à l'assassinat de Kennedy à Dallas en novembre 1963, Johnson devient président, le premier issu d'un Etat du sud (depuis Carter, Clinton et les Bush l'ont suivi - encore que les Bush soient issus d'une famille de Nouvelle-Angleterre). Il poursuit les axes ébauchés par Kennedy, en y appliquant quelques inflexions. La Grande Société fait suite à la Nouvelle Frontière. Elle se compose de mesures étatiques de Welfare State. Ce projet se situe dans la droite ligne du New Deal rooseveltien que Johnson compte parachever. Le savoir-faire parlementaire de Johnson lui permet de faire passer les principaux textes : Medicare, Medicaid, l'éducation, la lutte contre le crime, l'urbanisme, la War on Poverty (on note une baisse significative de pauvreté aux USA entre 1960 et 1970), etc...
En outre, Johnson impose les droits civiques jusqu'à rompre avec les démocrates du sud, comme George Wallace ou les anciens partisans du parti Dixie - qui avait failli empêcher Truman d'être réélu en 1948. Ce que Jacques Portes appelle "scier la branche sur laquelle il est assis".
Même si les leaders noirs des mouvements des droits civiques portaient une confiance très mesurée à Johnson, ils se voient récompensés de leur activisme. Le vote des noirs du sud devient possible, la ségrégation dans les transports, les écoles et les lieux publics est interdite. Récompense éphémère et couteuse cependant. Ephémère parce que les émeutes raciales qui bouleversent entre autres les villes de Los Angeles (Watts), Newark et Detroit (une quarantaine de morts, des milliers de blessés, le centre de Détroit ravagé) frappent l'opinion publique et montrent les limites de la politique des droits civiques. Couteuse car elle donne définitivement le sud profond aux républicains, qui ont commencé leur révolution conservatrice en présentant Barry Goldwater aux élections de 1964 et l'achèveront avec Reagan. Johnson dira "qu'il a fait perdre le sud aux démocrates pour une génération". Apparemment, il faudra bien plus de temps.

Martin Luther King et Lyndon Johnson


Ceci explique en partie l'oubli dans lequel est tombé Johnson depuis sa mort : les conservateurs le détestent - pour les droits civiques dans un premier temps (même si cette raison s'est estompée au fil du temps), pour l'expansion de l'Etat providence dans un second temps, pour l'interventionnisme extérieur dans un troisième temps.
Quant aux démocrates, s'ils ne sont guère sortis du discours New Deal/Great Society, même à l'ère Clinton, la mémoire de Johnson leur rappelle le bourbier vietnamien.

C'est cette question qui brisera la présidence Johnson. Dans les deux premières années, 1964 et 1965, le président parvient à garder la main sur la politique intérieure tout en augmentant le nombre de soldats américains en Indochine. Peu à peu, la machine s'emballe. Les morts sont de plus en plus nombreux, les contingents envoyés là-bas augmentent leurs effectifs chaque année, le régime de Saïgon s'enfonce dans l'anarchie, le prestige international des Etats-Unis plonge. Le président tente bien de négocier, mais le présupposé qui est le sien (indépendance du sud) ne peut servir de base auprès des communistes nord vietnamiens qui réclament l'unité du peuple vietnamien. Johnson perd une bonne partie de sa popularité et décide, début 1968, de ne pas solliciter de nouveau mandat comme il en avait le droit (un vice-président qui succède à son président après la mi-mandat a le droit de faire ensuite deux mandats, soit dix ans de présidence).

Robert Kennedy assassiné peu après, c'est Humphrey, son vice-président, qui représente les démocrates aux élections. Il échoue face à Nixon dans un climat de fin de règne et Johnson se retire de la vie politique début 1969. Quatre ans plus tard, il s'éteint à 65 ans, des conséquences d'une vie passablement dissipée et alcoolisée.

Livre rapide à lire, il remet en perspective les années 60 américaines et donne une bonne image du parcours idéal du politicien américain, du ranch de l'enfance à la Maison Blanche en passant par le Congrès, le Sénat et la Vice-Présidence. Il explique également les raisons de l'inversion géographique entre républicaines et démocrates, qui atteint le point de non-retour avec les lois sur les droits civiques. Quant au bilan contrasté de Johnson - que ce soit au niveau humain (caractère exécrable mais capacité de séduction) ou au niveau politique (Viet-Nam mais droits civiques, combines politiciennes mais grand projet mobilisateur) - il rappelle à tous que la politique reste un art profondément humain, soumis aux contingences de l'époque, et dans lequel les meilleures intentions ne suffisent pas toujours.
Par Ibarrategui - Publié dans : Histoire
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